*26 Octobre 1972 - 26 Octobre 2026*
*54 ans que Mathieu Kérékou prenait le pouvoir. Et après, que reste-t-il de ses gouvernances?*
_*Il y a 54 ans, le 26 octobre 1972, le jeune Chef de bataillon de l’armée dahoméenne Mathieu Kérékou renversait le triumvirat encore appelé « Monstre à trois têtes » et prenait le pouvoir. De 1972 à 2026, le révolutionnaire de 1972 à 1990 et démocrate de 1996 à 2006 a marqué l’histoire politique du Bénin par le plus long règne présidentiel pour avoir dirigé le Bénin pendant 29 ans. Décédé voici 11 ans, que reste-t-il de celui qu’on appelait le « Caméléon »?*_
Le 1er août 1960, la république du Dahomey a acquis son indépendance. Après trois ans de gouvernance, Hubert Koutoukou Maga le premier Président est renversé. Commence alors la longue marche vers un pouvoir apaisé mais secoué par une kyrielle de coups d’Etat. En 1970, un équilibre précaire semble trouvé: c’est le triumvirat qui verra les trois têtes fortes de la politique à l’époque dans un système de rotation, se succéder au pouvoir tous les deux ans. Alors que Justin Tomètin Ahomadégbé entamait son mandat en 1972 une nouvelle remise en cause du pouvoir politique intervient le jeudi 26 octobre 1972. Le Chef de bataillon Mathieu Kérékou venait de prendre le pouvoir !
*Le Dahomey en 1972*
De 1960 à 1972, la gouvernance politique du Dahomey d’alors n’était pas des plus stables. Une instabilité vénielle caractérisait le pays qui était par conséquent en proie à des coups de force et donc à des changements de régime. Le chaos politique s’est installé à tel point que le pays était qualifié « d’enfant malade de l’Afrique ». On en était là quand, le jeudi 26 octobre 1972, un groupe de jeunes officiers avec à leur tête le Chef de bataillon Mathieu Kérékou prend le pouvoir des mains de Justin Tomètin Ahomadégbé. Ce coup d'Etat du 26 octobre 1972 n’était que l'aboutissement normal de douze années de chaos permanent depuis l'indépendance obtenue le 1er août 1960.
*Le Dahomey, l'enfant malade de l'Afrique*
Fait notoire à signaler : de 1960 jusqu’au 26 octobre 1972, aucun Chef d’Etat n’a pu terminer son mandat présidentiel. Avec six coups d'Etat et dix changements de régime, le Dahomey d’hier battait le record de l’instabilité politique en Afrique. Ce qui va lui valoir l’appellation: « Dahomey enfant malade de l’Afrique ».
La principale cause à cette situation était un régionalisme tripartite en lien avec Hubert Koutoukou Maga bien assis au nord, Sourou-Migan Apithy qui contrôlait le Sud-Est (Porto-Novo) et Justin Tomètin Ahomadégbé bien implanté dans le Sud-Ouest (Abomey). À la tête des trois fiefs, ils se disputaient le pouvoir sans aucun espoir d’apaisement durable.
Il faut mettre fin à cette incertitude et guérir « l’enfant malade de l’Afrique » de ces maux.
En mai 1970 l’armée trouve la géniale idée du triumvirat officiellement Conseil Présidentiel. Les trois hommes forts sont appelés diriger le pays ensemble dans un système de présidence tournante tous les deux ans.
La succession entre Maga et Ahomadégbé en mai 1972 se passe mal. La machine que les militaires croyaient avoir remis à flot est à nouveau grippée. Corruption, grèves estudiantines et syndicales prennent le relais. C’est dans ce contexte que, fatigués de ce marasme politique, le 26 octobre 1972, de jeunes officiers prennent leurs responsabilités pour mettre fin à cette crise politique de trop qui a fait déborder le vase!
Dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 octobre, Michel Alladayè, Janvier Assogba, Michel Aïkpé et quelques fidèles, avec à leur tête Mathieu Kérékou, officier de renseignement et chef de cabinet militaire adjoint du Président Maga font le ménage sans effusion de sang et arrêtent les trois Présidents qui sont emprisonnés. _« L'armée est retournée dans les casernes, mais elle en est sortie cette fois pour prendre ses responsabilités. »_ avait-il déclaré !
Le coup de force est bien accueilli par les populations qui succombent pour grand nombre, au charme des premières déclarations et promesses. Notamment les promesses concernant l'unité nationale, la fin de la corruption et la fin de la domination étrangère. Et c’était parti pour 29 ans de gouvernance dans les conditions connues.
*De Mathieu Kérékou I à Mathieu Kérékou Il, le Président aux deux visages*
On ne saurait parler de la gouvernance politique de Mathieu Kérékou si on n’évoque pas Kérékou le révolutionnaire et Kérékou le démocrate.
*- Kérékou I, le Révolutionnaire (1972-1990)*
Le 30 novembre 1972, le Discours-programme est prononcé. Le 30 novembre 1974, l’orientation marxiste-léniniste est officialisée et le 30 novembre 1975, c’est le remplacement du nom Dahomey par le nom Républicain Populaire du Bénin. Il s’agit des trois Glorieuses qui sont devenues le socle de la Révolution.
En annonçant les couleurs marxistes dès 1974, le Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB) qui devient le parti unique est créé. S’y ajoutent un nouveau drapeau et un nouvel hymne national. Il procède à la
nationalisation des entreprises stratégiques et lance l'Ecole Nouvelle. Dans les administrations et partout, l’utilisation du terme Camarade est adoptée. C’est dans l’euphorie révolutionnaire que survient en 1975, l’assassinat du capitaine Michel Aïkpé sans compter les nombreuses tentatives de coup d’Etat contre le régime en place.
Le virage politique opéré rapproche le Bénin des grandes nations socialistes et communistes du monde et des pays révolutionnaires en Afrique.
Pendant que la révolution bat son plein, le pays est en proie à de nombreuses difficultés. L’une des conséquences est l’agression manquée du 16 janvier 1977. À cause de la révolution, le pays enregistre des changements dans les habitudes au quotidien. La révolution est fortement médiatisée tandis que sur le plan économique les difficultés font leur lit n’en déplaisent les slogans révolutionnaires et anti-impérialistes qui hélas ne pourront rien contre la fureur grondante des difficultés économiques et financières qui prenaient forme.
À la fin des années 80, les caisses sont vides, les salaires sont impayés depuis des mois, les banques fermées. C’est la banqueroute qui voit le régime encaisser un coup dur duquel il ne pourra pas se relever.
Les données sur le terrain politique commencent par changer même si la chasse aux sorcières reste vivace. En 1989, les amarres sont rompues et lâchées sous la pression syndicale notamment celle du Parti communiste du Bénin (PCB) et des étudiants. Le terrain politique était devenu fertile pour la tenue de la Conférence nationale.
*2. Kérékou II, le Démocrate (1990-2006)*
Sous la pression de la rue et des bailleurs de fonds, l’impossible retour au socialisme pur et dur est d’actualité. Pour sauver la face, Mathieu Kérékou accepte l'impensable: la Conférence Nationale des Forces Vives de février 1990 à l’issue de laquelle le régime démocratique est adopté. Le Bénin découvre ainsi le Mathieu Kérékou démocrate.
Battu à la présidentielle de mars 1991 par Nicéphore Soglo, il accomplit un geste inédit en Afrique: il quitte le pouvoir par les urnes et se retire à Kouarfa.
Il revient au pouvoir par les urnes en 1996 et sera réélu en 2001. À la fin de son mandat en 2006, il refuse de modifier la Constitution pour un troisième mandat. Il quitte définitivement le pouvoir, offrant au Bénin sa deuxième alternance pacifique. Le 14 octobre 2015, il tire sa révérence après avoir inscrit de forte manière son nom dans les annales de la vie politique du Bénin.
*De l’homme, que reste-t-il ?*
En ce jour, le devoir de mémoire amène à se rappeler du Général Mathieu Kérékou. Au-delà d’une célébration, on peut se pencher sur l’héritage politique laissé par l’homme.
*Au plan politique*
La construction de l'unité nationale, la stabilité politique et le modèle de l'alternance marqué par ses deux départs volontaires dans le respect des textes en 1991 et en 2006, sont devenus une référence morale pour toute l'Afrique. Il a démontré qu'on pouvait perdre le pouvoir et le reprendre par les urnes.
*La mémoire matérielle*
Que reste-t-il du temps de la révolution ? Plus grand chose à part des statues à Cotonou où se dresse majestueusement la Place de l’Etoile rouge. Seul le Stade de l’Amitié porte son nom : Stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou. Au nord, c’est son village natal Kouarfa dans l'Atacora, et le mémorial de Natitingou, devenus lieux de pèlerinage pour ses fidèles qui rappellent sa mémoire.
Dans la mémoire collective, le souvenir qu’on garde de lui dépend des générations. Si les 50 ans et plus gardent de lui des souvenirs heureux pour les uns et douloureux pour les autres, les plus jeunes qui n'ont pas du tout connu la période Révolutionnaire n’auront de lui que le souvenir d’un Chef d’Etat respectueux de la Constitution ou d'un grand-père bienveillant épris de paix qui aimait profondément son pays.
Au final, on retiendra du Général Mathieu Kérékou qu’il a marqué l’histoire politique contemporaine du Bénin par dix-huit ans de dictature de 1972 à 1990 et est le père fondateur de la démocratie moderne béninoise.
_*Kolawolé Maxime SANNY_*
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