Bénin : mendicité infantile, le gouvernement annonce un durcissement des mesures dans le Nord
Protection de l’enfance : après plusieurs campagnes de sensibilisation, les autorités veulent sanctionner les adultes qui exploitent les mineurs
Le gouvernement béninois entend changer de stratégie face à la persistance de la mendicité infantile dans les départements du Nord. Après plusieurs initiatives axées sur la sensibilisation et l’accompagnement social, les autorités annoncent un renforcement des mesures répressives contre les personnes qui exploitent les enfants ou les contraignent à mendier. Cette nouvelle orientation a été retenue à l’issue d’une concertation organisée le 13 octobre 2026 à la préfecture de Parakou, selon les informations rapportées par Oxygène-Bénin dans son édition du 14 octobre.
Cette rencontre a réuni les représentants des ministères chargés de la Famille et des Affaires sociales, de la Décentralisation et de l’Intérieur, ainsi que les préfets du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga. Des maires, des représentants de la justice, des forces de sécurité, des autorités religieuses et traditionnelles et des acteurs de la société civile ont également pris part aux échanges.
L’objectif est de renforcer la coordination entre les différents acteurs afin de mieux protéger les enfants exposés à la rue et de lutter contre les réseaux et les pratiques qui entretiennent leur exploitation.
Plus de 4 000 enfants concernés dans les quatre départements du Nord
Les données présentées au cours de la concertation mettent en évidence l’ampleur du phénomène. Selon les chiffres rapportés par Oxygène-Bénin, 4 450 enfants vivraient de la mendicité ou dans la rue dans les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga.
Parmi eux, plus de 75 % seraient des mendiants actifs. Les conditions de vie décrites sont également préoccupantes : un enfant sur deux dormirait à même le sol, tandis que deux sur trois ne prendraient qu’un seul repas par jour.
Ces chiffres, attribués aux données exposées lors de la rencontre, soulignent les risques auxquels sont confrontés les mineurs concernés : précarité alimentaire, absence de conditions d’hébergement adéquates et exposition à diverses formes de vulnérabilité.
Face à cette situation, les autorités estiment nécessaire de renforcer les réponses apportées, en associant davantage les mesures de protection sociale aux actions destinées à identifier et à sanctionner les responsables de l’exploitation des enfants.
De la sensibilisation à la répression des adultes impliqués
Jusqu’à présent, les interventions reposaient principalement sur la sensibilisation des familles, des responsables religieux et des communautés, ainsi que sur les initiatives d’accompagnement social. La nouvelle orientation annoncée entend compléter ces actions par une réponse répressive plus affirmée.
Les mesures envisagées ciblent notamment les adultes qui organisent la mendicité des mineurs, en tirent profit ou contribuent à maintenir les enfants dans la rue. Les situations impliquant des enfants talibés confiés à des écoles coraniques ainsi que celles concernant des enfants loués pour mendier figurent parmi les préoccupations soulevées.
Les parents et les tuteurs qui participeraient à de telles pratiques sont également concernés par cette nouvelle approche. L’enjeu est de distinguer les situations de précarité familiale, qui nécessitent un accompagnement social, des actes d’exploitation susceptibles d’engager la responsabilité de leurs auteurs.
Le renforcement de la répression ne signifie donc pas, dans l’orientation annoncée, l’abandon de la protection et de la réinsertion. Il s’agit plutôt de combiner le retrait des enfants de la rue, leur prise en charge et les sanctions prévues par les textes applicables à l’encontre des personnes responsables de leur exploitation.
Les préfectures attendues pour préciser les modalités d’application
Les modalités opérationnelles de cette nouvelle phase doivent être précisées dans les prochains jours par les préfectures concernées. Leur mise en œuvre nécessitera une collaboration entre les autorités administratives, les services sociaux, les forces de sécurité, la justice et les acteurs communautaires.
Au-delà des opérations de retrait des enfants de la rue, la question de leur accueil et de leur réinsertion demeure essentielle. Une réponse durable suppose en effet de prévoir des solutions adaptées en matière d’hébergement, d’alimentation, d’éducation et d’accompagnement psychosocial.
La coopération avec les familles et les communautés religieuses sera également importante pour prévenir le retour des enfants dans les mêmes conditions de vulnérabilité.
Un défi qui dépasse la seule répression
La lutte contre la mendicité infantile pose un double enjeu : mettre fin à l’exploitation des mineurs et s’attaquer aux facteurs sociaux et économiques qui les exposent à la rue.
Si les sanctions peuvent contribuer à dissuader les pratiques abusives, leur efficacité dépendra aussi de la capacité des services compétents à identifier les enfants concernés, à assurer leur protection et à leur proposer des perspectives durables.
Les prochains jours permettront d’en savoir davantage sur les modalités concrètes de cette nouvelle stratégie dans les quatre départements du Nord.
À travers ce changement d’approche, le gouvernement béninois entend renforcer la protection de l’enfance et faire reculer les pratiques qui exposent les mineurs à la mendicité. Le principal défi sera désormais de traduire les annonces en actions coordonnées, tout en garantissant les droits, la sécurité et la dignité de chaque enfant.
Christ-Paterne HOUNHOUENOU
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