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Christianisme céleste : le Bénin veut mieux valoriser l’héritage historique d’Oshoffa à Porto-Novo

Par LTC Admin - 17/09/2026
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*OSHOFFA : LE BÉNIN A-T-IL LAISSÉ PARTIR SON PATRIMOINE ?*


*_Imèko a le pèlerinage, Porto-Novo possède les origines : une bataille patrimoniale et économique reste à gagner*_


*Par Naïm Akibou Ambassadeur*


*UNE HISTOIRE NÉE À PORTO-NOVO*

Il est des histoires qui naissent dans un pays, mais dont le centre de gravité finit par se déplacer ailleurs.

L’histoire du Christianisme Céleste en fournit une illustration saisissante.

L’Église a été fondée par le Prophète Samuel Bilehou Joseph Oshoffa le 29 septembre 1947 à Porto-Novo, au Bénin. Cette origine est reconnue par les propres sources de l’Église, qui indiquent également que son siège international se trouve aujourd’hui au Nigeria.

Voilà donc le paradoxe : une Église née au Bénin est devenue, au fil du temps, fortement structurée autour d’un haut lieu situé au Nigeria.

Ce déplacement n’est pas seulement une affaire de géographie religieuse.

Il pose une question plus large : que devient la valeur économique et touristique d’un patrimoine lorsque le lieu de mémoire le plus fréquenté se trouve de l’autre côté de la frontière ?


*OSHOFFA ENTRE LE BÉNIN ET LE NIGERIA*

Le parcours du Prophète Oshoffa est profondément lié aux deux pays.

La tradition de l’Église rapporte qu’il avait prévu, selon le lieu de son décès, deux possibilités pour sa sépulture : à Porto-Novo, notamment à Sèmè, s’il mourait au Dahomey ; ou à Imèko, au Nigeria, près de la tombe de sa mère, s’il mourait au Nigeria.

Il mourut finalement au Nigeria en septembre 1985 et fut inhumé à Imèko. Il avait également demandé que le lieu de sa tombe soit considéré comme une terre sainte et un lieu de pèlerinage.

Ce choix allait profondément modifier la géographie spirituelle du mouvement. Porto-Novo resta le berceau. Imèko devint le sanctuaire. Et cette différence n’est pas anodine.


*COMMENT IMÈKO EST DEVENU UN PÔLE DE PÈLERINAGE*

Le développement d’Imèko ne doit rien au hasard.

Dès les années 1980, Oshoffa y lança le projet de construction d’une « cité céleste ». Des sources historiques indiquent également que le pèlerinage annuel de Noël, auparavant organisé au Bénin, fut progressivement établi à Imèko.

Aujourd’hui, les sources officielles de l’Église présentent Imèko comme le lieu du grand rassemblement annuel de Noël, le 25 décembre, attirant des fidèles du Nigeria, de l’Afrique de l’Ouest et de communautés plus lointaines, notamment d’Europe et des États-Unis.

Il suffit d'observer le mécanisme pour comprendre l’enjeu. Des milliers de personnes se déplacent.

Elles doivent voyager.

Elles doivent se loger.

Elles doivent manger.

Elles achètent.

Elles utilisent des transports.

Elles visitent.

Elles consomment.

La foi crée le déplacement ; le déplacement crée l’économie.

C’est ainsi qu’un événement religieux devient progressivement un phénomène touristique et économique.


*LE NIGERIA A COMPRIS LE POTENTIEL*

Il serait injuste de dire que le Nigeria a « volé » au Bénin le patrimoine d’Oshoffa.

L’histoire est plus complexe.

Mais il faut reconnaître que le Nigeria a compris plus tôt le potentiel territorial d’Imèko.

L’Église elle-même présente aujourd’hui Imèko comme une destination de pèlerinage et porte un projet de développement destiné à renforcer sa vocation touristique.

Le phénomène mérite donc d’être observé avec les yeux du développement. Car un pèlerin qui arrive dans une ville n’apporte pas seulement sa foi.

Il apporte aussi une demande en hébergement, restauration, transport, commerce et services.

Le pèlerinage est spirituel ; ses retombées, elles, sont très terrestres.


*ET LE BÉNIN DANS TOUT CELA ?*

C’est ici que se trouve notre véritable interrogation.

Le Bénin ne peut évidemment pas déplacer la tombe d’Oshoffa.

Il ne peut pas davantage effacer le rôle désormais joué par Imèko.

Mais il possède un avantage que personne ne peut lui enlever :

les origines.

Porto-Novo est le lieu de naissance de l’Église.

Sèmè appartient à son histoire ancienne et à sa mémoire au Bénin.

Le pays dispose donc d’une matière historique considérable.

La question n’est pas de savoir comment récupérer Imèko.

La question est :

comment transformer Porto-Novo et Sèmè en destinations incontournables de l’histoire du Christianisme Céleste ?


*UNE « GUERRE ÉCONOMIQUE » ?*

Le terme est volontairement provocateur.

Il ne s’agit évidemment pas d’une guerre au sens militaire.

Mais il existe une compétition réelle entre les territoires pour attirer les visiteurs, organiser les grands événements et capter les retombées économiques qui les accompagnent.

  

Lorsqu’un rassemblement religieux attire des milliers de personnes dans une ville, celui qui sait l’accueillir, l’organiser et l’inscrire dans une stratégie touristique bénéficie nécessairement d’un avantage.

On peut donc parler, avec prudence, d’une compétition économique et touristique autour d’un patrimoine religieux transfrontalier.

Et sur ce terrain, le Nigeria semble avoir pris de l’avance.

Le Gouvernement béninois a d’ailleurs lui-même commencé à considérer le pèlerinage du Christianisme Céleste comme un enjeu de tourisme religieux, en apportant un accompagnement technique, logistique, sécuritaire et sanitaire à l’organisation du pèlerinage au Bénin.

Il existe donc déjà une prise de conscience.

Il faut maintenant passer à une stratégie plus ambitieuse.


*LE PLAN DE RECONQUÊTE PATRIMONIALE*


*1. Recenser avant de valoriser*

La première urgence est scientifique.

Il faut établir un inventaire national des lieux historiques du Christianisme Céleste au Bénin :

- lieux fréquentés par Oshoffa ;

- premiers temples ;

- sites liés aux premières communautés ;

- Sèmè;

- lieux de mémoire de Porto-Novo ;

- maisons historiques ;

- archives familiales ;

- photographies ;

- correspondances ;

- objets et témoignages.

Il faut recueillir cette mémoire pendant qu’il existe encore des témoins capables de la transmettre.

Ce qui n’est pas documenté finit par être contesté, puis oublié.


*2. Créer le « circuit Oshoffa »*

Pourquoi ne pas créer un circuit historique reliant les principaux lieux béninois ? Porto-Novo → Sèmè → autres sites historiques → retour à Porto-Novo.

Le visiteur ne viendrait pas seulement assister à une cérémonie.

Il viendrait découvrir une histoire.

Chaque étape devrait disposer d’une signalétique claire, d’un récit historique, de guides formés et, lorsque cela est possible, d’archives photographiques.

Le touriste ne doit jamais se demander : « Pourquoi ce lieu est-il important ? » L’histoire doit lui répondre.


*3. Un musée à Porto-Novo*

Il faut envisager la création d’un Musée du Christianisme Céleste et de la mémoire d’Oshoffa.

Il présenterait la naissance de l’Église, la vie du Fondateur, les premières communautés, son expansion au Nigeria et dans le reste du monde.

Ce musée devrait être conçu comme un centre d’histoire et de documentation, et non comme un outil de propagande religieuse.

Un patrimoine religieux peut être étudié par tous, quelles que soient leurs convictions.


*4. « Sauvons la mémoire d’Oshoffa »*

Une campagne nationale de collecte et de numérisation des archives pourrait être lancée.

Les familles détiennent certainement encore des photographies, lettres, carnets, objets et témoignages.

Il faut les numériser.

Il faut les classer.

Il faut les conserver.

Il faut les rendre accessibles aux chercheurs.

Une grande bibliothèque numérique Oshoffa permettrait de préserver cette mémoire pour les générations futures.


*5. Les journées internationales Oshoffa*

Porto-Novo pourrait accueillir chaque année les Journées internationales Oshoffa.

Chercheurs, historiens, responsables religieux, artistes, musiciens, éditeurs et visiteurs venus de différents pays pourraient y participer.

Au programme :

- conférences ;

- expositions ;

- documentaires ;

- témoignages ;

- visites historiques ;

- concerts ;

- présentations d’ouvrages.

L’objectif serait simple :

faire de Porto-Novo le rendez-vous mondial de la mémoire historique du Christianisme Céleste.


*6. Former des guides du patrimoine*

Il faut transformer les jeunes de Porto-Novo et de Sèmè en véritables guides du patrimoine Oshoffa.

Ils doivent être capables de raconter l’histoire avec rigueur, mais aussi avec passion. Car le patrimoine ne se vend pas uniquement avec des pierres.

Il se vend avec des histoires.


*7. Faire du patrimoine une source de revenus locaux*

Il ne faut surtout pas s’arrêter aux monuments.

Autour des circuits historiques doivent se développer :

- hébergement ;

- restauration ;

- transport ;

- artisanat ;

- librairies ;

- objets souvenirs ;

- photographie ;

- audiovisuel ;

- services touristiques.

L’objectif n’est pas seulement de préserver le patrimoine.

Il faut qu’il crée de l’activité pour ceux qui vivent autour de lui.


*8. Travailler avec le Nigeria*

La meilleure stratégie ne consiste pas à entrer en guerre avec le Nigeria.

Elle consiste à proposer une coopération.

Pourquoi ne pas imaginer un itinéraire transfrontalier Oshoffa reliant les deux pays ? Porto-Novo : les origines.

Sèmè : la mémoire béninoise.

Imèko : la tombe du Fondateur et le grand lieu de pèlerinage.

Les trois lieux raconteraient ensemble une histoire qui dépasse les frontières.

Ce serait beaucoup plus intelligent qu’une compétition stérile.


*9. Inscrire le projet dans la politique touristique nationale*

Cette initiative devrait réunir :

- le ministère chargé du Tourisme et de la Culture ;

- les structures nationales de promotion touristique ;

- les communes concernées ;

- les responsables du Christianisme Céleste ;

- les universités ;

- les historiens ;

- les archivistes ;

- les opérateurs touristiques ;

- les communautés locales.

Le Bénin a déjà commencé à intégrer le pèlerinage céleste dans sa réflexion sur le tourisme religieux. Il faut maintenant passer de l’accompagnement ponctuel à une véritable politique patrimoniale.


*LE BÉNIN N’A PAS BESOIN DE REPRENDRE IMÈKO*

C’est probablement le point essentiel.

Il serait illusoire de vouloir faire de Porto-Novo une copie d’Imèko. Porto-Novo doit être autre chose.

Imèko possède la tombe du Fondateur.

Porto-Novo possède le lieu de naissance de l’Église.

Imèko est devenu un grand lieu de pèlerinage.

Porto-Novo peut devenir le grand lieu des origines.

Sèmè peut devenir un lieu majeur de mémoire.

Il ne s’agit donc pas de choisir entre eux.

Il faut construire une complémentarité.

 

*LE PATRIMOINE N’EST PAS UNE PROPRIÉTÉ EXCLUSIVE*

Il faut également dépasser une conception étroite du patrimoine.

Le Christianisme Céleste est aujourd’hui une réalité transnationale.

Le Bénin ne peut pas prétendre en être le propriétaire exclusif.

Mais il peut légitimement revendiquer la préservation et la valorisation de sa contribution historique à cette aventure religieuse.

Le patrimoine n’est pas seulement ce que l’on possède.

C’est aussi ce que l’on sait conserver, documenter, raconter et transmettre.


*ALORS, AVONS-NOUS PERDU LA BATAILLE ?*

Peut-être avons-nous perdu une partie de la bataille économique. Mais nous n’avons pas perdu l’essentiel.

L’origine ne se déplace pas.

On peut déplacer un siège.

On peut construire une cathédrale ailleurs.

On peut attirer des pèlerins.

On peut créer une cité.

Mais on ne peut pas déplacer l’endroit où une histoire a commencé. Et cette histoire a commencé à Porto-Novo.

Voilà pourquoi le Bénin doit cesser de regarder Imèko avec nostalgie ou frustration. Il doit regarder Porto-Novo avec ambition.


*CONCLUSION : NE LAISSONS PAS L’HISTOIRE NOUS ÉCHAPPER UNE DEUXIÈME FOIS*

Le Nigeria a su transformer Imèko en grand lieu de rassemblement religieux. À nous de transformer Porto-Novo et Sèmè en grands lieux de mémoire.

La véritable bataille n’est donc pas :

- « Comment récupérer Imèko ? » Elle est :

- « Comment faire de Porto-Novo et de Sèmè des lieux incontournables pour comprendre l’histoire du Christianisme Céleste ? »

La réponse passe par l’inventaire, les archives, le musée, les circuits, les guides, la communication, le numérique, les événements internationaux et surtout une volonté politique claire.

Il faut agir maintenant.

Car les derniers témoins de cette histoire ne seront pas éternels.

Et chaque témoin qui disparaît emporte avec lui une partie de la mémoire.

Le Bénin possède quelque chose que le temps lui-même ne peut lui enlever :

le lieu où tout a commencé.

À nous maintenant d’en faire une richesse.

Pas seulement une richesse spirituelle.

Une richesse historique, culturelle, touristique et économique.

Imèko peut être le lieu où l’on vient prier.

Porto-Novo, celui où l’on vient comprendre.

Sèmè, celui où l’on vient se souvenir.

Et si nous savons raconter ensemble cette histoire, alors le Bénin n’aura peut-être pas perdu la bataille.

Il aura simplement compris, un peu tard, qu’un patrimoine mal valorisé est une richesse qui dort.

Et qu’il est grand temps de la réveiller.

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