Consommer local au Bénin : au-delà du slogan, un enjeu de souveraineté économique
Le mois d’octobre revient chaque année avec son lot de campagnes de sensibilisation autour du « Consommer local ». Pourtant, une question essentielle demeure : cette initiative doit-elle rester un rendez-vous promotionnel ponctuel ou devenir un véritable levier de transformation économique et de souveraineté nationale ? Dans une réflexion consacrée à cette problématique, Kolawolé Maxime Sanny invite les Béninois à dépasser les discours pour faire de la consommation des produits nationaux une habitude durable.
Le « Consommer local », une ambition qui doit dépasser le mois d’octobre
Chaque année, les marchés, les commerces et les points de vente sont invités à mettre en valeur les produits fabriqués au Bénin. Les campagnes se multiplient, les messages de sensibilisation circulent et les consommateurs sont encouragés à privilégier les productions nationales. Mais une fois le mois d’octobre achevé, cette mobilisation semble souvent perdre de sa visibilité.
Pour Kolawolé Maxime Sanny, l’enjeu est de savoir si le « Consommer local » constitue simplement une opération commerciale destinée à accroître les ventes pendant quelques semaines ou s’il représente une véritable orientation économique à inscrire dans les habitudes des citoyens.
La question mérite d’être posée : pourquoi ne pas faire des produits béninois un choix prioritaire tout au long de l’année, dès lors qu’ils répondent aux exigences de qualité, de disponibilité et de prix ? L’auteur appelle ainsi à une prise de conscience collective, estimant que le développement national passe aussi par les choix opérés quotidiennement par les ménages, les entreprises et les institutions publiques.
Des vêtements aux meubles, en passant par les produits alimentaires, les livres et les loisirs, les possibilités de valorisation de la production nationale sont nombreuses. L’objectif consiste à faire de la consommation locale une pratique concrète, et non un simple thème de communication.
Un levier de croissance pour l’économie nationale
La promotion des produits locaux peut contribuer à dynamiser plusieurs secteurs de l’économie béninoise. Lorsqu’un consommateur achète un produit fabriqué au Bénin, son choix peut soutenir le producteur, le transformateur, le transporteur, le commerçant et les autres acteurs intervenant dans la chaîne de valeur.
Cette dynamique est susceptible de favoriser la création d’emplois, de renforcer les activités des petites et moyennes entreprises et d’encourager l’émergence de nouvelles initiatives entrepreneuriales. Elle peut également contribuer à améliorer les débouchés des producteurs agricoles et à stimuler la transformation des matières premières sur le territoire national.
Dans cette perspective, le « Consommer local » ne se réduit pas à une préférence commerciale. Il peut devenir un instrument de développement économique, à condition que les produits proposés soient compétitifs, accessibles et conformes aux attentes des consommateurs.
L’auteur souligne également la nécessité de construire un véritable label béninois, capable de valoriser l’origine nationale des produits et de renforcer leur reconnaissance auprès des consommateurs.
Riz béninois, musique nationale : des secteurs à mieux valoriser
Pour illustrer son propos, Kolawolé Maxime Sanny évoque notamment la filière rizicole. Il interpelle les consommateurs sur la connaissance et la consommation des différentes variétés de riz produites au Bénin, notamment dans la vallée de l’Ouémé, à Malanville et dans les zones de culture du riz de montagne.
Son questionnement met en lumière un défi important : comment encourager la consommation des productions agricoles nationales si leur disponibilité, leur qualité, leur accessibilité et leur visibilité ne sont pas suffisamment garanties ?
La promotion du riz béninois suppose donc un effort coordonné entre les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les pouvoirs publics. Une meilleure organisation des circuits de commercialisation, associée à des standards de qualité exigeants, pourrait contribuer à renforcer la confiance des consommateurs.
L’auteur étend également cette réflexion au domaine culturel, notamment à la musique. Il estime que les productions musicales nationales méritent une place plus importante dans les médias et lors des manifestations publiques. Cette préoccupation rejoint la question plus large de la valorisation des talents, des créations et des industries culturelles béninoises.
Consommer local, dans cette approche, revient aussi à donner davantage de visibilité aux compétences et aux créations du pays.
Protéger le marché intérieur sans fermer la porte à la concurrence
La souveraineté économique ne signifie pas nécessairement le rejet systématique des produits étrangers. Elle suppose plutôt, selon la réflexion développée par l’auteur, de mieux valoriser les capacités nationales et de réduire les dépendances lorsque la production locale peut répondre aux besoins du marché.
Kolawolé Maxime Sanny appelle ainsi à une politique de soutien aux producteurs béninois, accompagnée de mesures permettant aux produits nationaux de trouver leur place face aux importations.
Une telle orientation nécessite toutefois des conditions précises. Les producteurs doivent pouvoir accéder aux financements, aux équipements, aux technologies et aux infrastructures nécessaires à leur développement. Ils doivent également bénéficier d’un accompagnement technique et commercial pour améliorer leur productivité et maintenir des prix accessibles.
De son côté, l’État peut agir à travers la commande publique, les dispositifs d’accompagnement des entreprises, la promotion des produits nationaux et les règles applicables à la concurrence. La préférence accordée aux productions locales doit notamment s’articuler avec les exigences de qualité, de transparence et de respect des règles en vigueur.
L’enjeu est donc de créer un environnement dans lequel les entreprises béninoises peuvent se développer et rivaliser sur le marché, sans faire de la provenance nationale une garantie automatique de qualité.
Le rôle déterminant de l’État et des consommateurs
Pour que le « Consommer local » produise des effets durables, la mobilisation ne peut reposer uniquement sur les citoyens. Elle nécessite également une implication constante des pouvoirs publics et du secteur privé.
L’État est appelé à soutenir les producteurs, à faciliter la transformation locale et à encourager l’intégration des produits béninois dans les circuits de distribution. Les entreprises, quant à elles, doivent investir dans la qualité, l’innovation, l’emballage, la conservation et la promotion de leurs produits.
Les consommateurs ont aussi un rôle à jouer. En s’informant sur l’origine des produits, en comparant leur qualité et en privilégiant les productions nationales lorsqu’elles répondent à leurs besoins, ils peuvent contribuer à renforcer la demande intérieure.
Dans sa réflexion, l’auteur relève par ailleurs l’existence d’une orientation favorable aux produits locaux dans les commandes publiques. Cette démarche, lorsqu’elle est appliquée dans le respect des règles en vigueur et accompagnée d’exigences de qualité, peut constituer un débouché important pour les entreprises nationales.
De la sensibilisation à une véritable culture de consommation locale
Au fond, la réflexion de Kolawolé Maxime Sanny pose une question de fond : quelle place le Bénin souhaite-t-il accorder à sa propre capacité de production dans son ambition de développement ?
Le « Consommer local » ne saurait se limiter à des campagnes organisées au mois d’octobre. Pour devenir un véritable levier de souveraineté économique, il doit s’inscrire dans une stratégie continue associant production, transformation, distribution, innovation et consommation.
La priorité consiste à créer les conditions permettant aux produits béninois d’être disponibles, compétitifs et appréciés pour leurs qualités. C’est à cette condition que l’appel à la consommation locale pourra dépasser le stade du slogan et se traduire par des retombées économiques durables.
Entre communication ponctuelle et engagement de long terme, le défi est désormais de transformer la promotion du « Consommer local » en une pratique quotidienne, au service de l’entrepreneuriat, de l’emploi et du développement du Bénin.
Christ-Paterne HOUNHOUENOU
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