*Industrialisation après dix ans de Patrice Talon*
*Où en est réellement le Bénin ?*
*_À l’heure où la Banque mondiale consacre son Rapport économique de l’Afrique d’avril 2026 aux politiques industrielles du continent, une interrogation cruciale s’impose pour le Bénin : le pays réussit-il son pari industriel ou se contente-t-il de poser les bases d’une transformation encore inachevée ?_*
Le document rappelle que l’industrialisation demeure le défi structurel majeur de nombreuses économies africaines, souvent freinées par une productivité atone, des infrastructures limitées et des dépenses en recherche-développement (R&D) qui restent largement inférieures à l’objectif continental de 1% du PIB.
*Le Bénin, l’un des pays les plus offensifs d’Afrique de l’Ouest*
Dans ce contexte, le Bénin se distingue comme l’un des pays les plus offensifs de l’Afrique de l’Ouest sur cette thématique. Depuis 2016, le Bénin a engagé une stratégie de transformation structurelle qui repose sur un principe simple : passer d’une économie de transit et d’exportation brute à une économie de transformation locale.
*Dix ans de gouvernance Talon : les bases de la transformation*
En dix ans de gouvernance (2016-2026), Patrice Talon a profondément transformé le Bénin via le programme « Le Nouveau Départ », axé sur la modernisation des infrastructures, la dématérialisation de l'administration, l'assainissement des finances publiques et le développement agricole.
- *Économie & Social* : Hausse de la croissance (7,2% en 2021), transformation agricole (coton) et accès à l'eau potable.
*La Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) : le moteur*
Véritable fleuron de l'industrialisation, cette zone de 1.640 hectares est devenue opérationnelle en un temps record.
- *Transformation textile* : Le Bénin ne se contente plus d'exporter son coton brut. Des usines intégrées transforment désormais la fibre en fil, en tissus, et fabriquent des vêtements (T-shirts, polos, uniformes) "Made in Benin" pour le marché mondial.
- *Agro-industrie* : La GDIZ abrite des unités de transformation de noix de cajou et de soja. Le pays est passé de la production de 200.000 à 600.000 tonnes de soja, avec des unités locales de trituration pour produire de l'huile et des tourteaux.
- *Emplois* : En 2026, la zone a déjà généré environ 25.000 emplois directs et accueille plus de 80 entreprises. Elle a été élue « Meilleure Zone industrielle d'Afrique » en 2025.
*Diversification et pôles régionaux*
Au-delà de la GDIZ, l'industrialisation s'est étendue à d'autres secteurs et régions :
- *Filières porteuses* : Création d'usines de transformation de la pomme de cajou en alcool (Bantè), de mangues en jus (Natitingou) et de tomates en purée (Kpomassè).
- *Matériaux de construction* : Le secteur des cimenteries et de la transformation des ressources extractives a été renforcé pour soutenir les grands chantiers d'infrastructure.
*Réformes du climat des affaires*
Pour attirer ces industries, le gouvernement a agi sur les leviers structurels :
- *Énergie* : Construction de centrales thermiques (Maria-Gléta) et développement du solaire pour réduire le coût et les coupures d'électricité, frein majeur à l'industrie par le passé.
- *Code des investissements* : Un cadre législatif plus attractif a facilité l'installation d'investisseurs directs étrangers au sein des zones économiques spéciales.
- *Logistique* : La modernisation du Port Autonome de Cotonou et l'aménagement de plus de 3.000 km de routes facilitent l'acheminement des produits manufacturés.
*D’une économie de transit à un centre agro-industriel*
Concrètement, le Bénin a réussi en dix ans à amorcer sa transformation structurelle. Le pays a cessé d'être un simple fournisseur de matières premières pour devenir un centre de production agro-industrielle en Afrique de l'Ouest.
*Youssouf TOUDONOU*
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