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Élevage d’escargots au Bénin : l’achatiniculture, une opportunité économique encore sous-exploitée

Par LTC Admin - 30/10/2026
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La culture des escargots au Bénin  


De la cueillette saisonnière à une filière d'avenir à haute rentabilité


Longtemps tributaire de la simple cueillette en saison pluvieuse, l'escargot géant africain, communément appelé achatine, suscite désormais un intérêt grandissant au Bénin. À la croisée de la sécurité alimentaire, de la préservation de la biodiversité et de l'entrepreneuriat agricole, son élevage, ou achatiniculture, s'impose comme une alternative crédible et lucrative face aux filières conventionnelles.


Une ressource endogène à haute valeur ajoutée


En premier lieu, il convient de souligner que la culture des escargots ne saurait être reléguée au rang d'activité anecdotique. En effet, la chair d'escargot se distingue par ses qualités nutritionnelles exceptionnelles. Riche en protéines de haute qualité biologique, pauvre en matières grasses et en cholestérol, elle est en outre une source considérable de fer, de calcium et d'acides aminés essentiels. Par conséquent, dans un contexte national marqué par la nécessité de diversifier les sources de protéines animales, l'achatiniculture apparaît comme une réponse endogène et pertinente.


De surcroît, au-delà de son intérêt alimentaire, l'escargot présente des débouchés économiques multiples. Sa bave est de plus en plus convoitée par l'industrie cosmétique et pharmaceutique pour ses propriétés régénératrices et cicatrisantes, tandis que sa coquille, riche en carbonate de calcium, est transformée en farine pour l'alimentation avicole. Ainsi, rien ne se perd, tout se valorise.


D'une logique de prédation à une logique de production


Cependant, force est de constater que l'approvisionnement traditionnel a atteint ses limites. Autrefois abondant dans les forêts et les jachères du Sud-Bénin, l'escargot géant se raréfie dangereusement. La cause en est une pression anthropique excessive, conjuguée à la déforestation et à l'usage abusif de pesticides qui détruisent son habitat naturel. Dès lors, la transition d'une économie de cueillette, par essence aléatoire et destructrice, vers une économie de production maîtrisée s'avère impérative.


C'est précisément à ce niveau qu'intervient l'achatiniculture. Peu exigeante en espace, cette activité s'adapte parfaitement au milieu rural comme périurbain. Une petite superficie de 20 à 50 m² suffit pour démarrer une exploitation viable. De plus, son cycle d'élevage est relativement court : en six à huit mois, l'espèce Achatina achatina ou Archachatina marginata, les plus prisées au Bénin, atteint une taille commercialisable. Enfin, son alimentation, composée de feuilles de papayer, de taro, de patate douce et de restes de fruits, est disponible localement à moindre coût, ce qui réduit considérablement les charges d'exploitation.


Les défis d'une filière en structuration


Néanmoins, malgré ces atouts indéniables, la filière demeure embryonnaire et se heurte à plusieurs écueils. D'abord, le déficit de formation technique constitue un frein majeur. L'élevage de l'escargot requiert une maîtrise rigoureuse de paramètres tels que l'hygrométrie, la température et la gestion de l'hibernation, faute de quoi la mortalité peut être massive. Ensuite, l'accès à des géniteurs de qualité et à des aliments enrichis en calcium reste limité.


En outre, l'absence d'organisation des acteurs et d'un circuit de commercialisation formel fragilise les producteurs. Tandis que la demande, tant sur le marché national que dans la diaspora et à l'international, ne cesse de croître, l'offre demeure atomisée et irrégulière. Il en résulte une flambée des prix en saison sèche, où le kilogramme peut atteindre 5 000 à 7 000 FCFA, au détriment du consommateur.


La culture des escargots au Bénin n'est plus une simple curiosité agro-pastorale. Elle incarne une opportunité stratégique d'inclusion économique, notamment pour les femmes et les jeunes, et un levier de souveraineté alimentaire. Pour qu'elle tienne toutes ses promesses, il apparaît indispensable que les pouvoirs publics, à l'instar du FIDA pour d'autres filières, et les structures de formation agricole conjuguent leurs efforts afin de professionnaliser la filière, de normaliser les techniques et de connecter les éleveurs au marché. C'est à ce prix que ce petit mollusque à coquille pourra devenir un grand moteur de développement.


Youssouf AVOCEGAMOU

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