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Foi et coexistence : quand le vivre-ensemble yoruba apprend à aimer malgré les différences

Par LTC Admin - 07/04/2026
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*Chronique*


*PLURALITÉ RELIGIEUSE ET VIVRE-ENSEMBLE  : CHRONIQUE D’UN ÉQUILIBRE YORUBA QUI VACILLE … ET D’UNE  FOI QUI APPREND À AIMER* 


Au cœur des sociétés yoruba du Bénin et du Nigéria, longtemps citées en exemple pour leur coexistence religieuse apaisée, quelque chose change.

Ce n’est pas un fracas.

Ce n’est pas encore une rupture.

C’est plus discret… presque poli.

Mais c’est là.

Comme une fissure dans un mur ancien : solide en apparence, mais que seuls les regards attentifs commencent à deviner.


*Un conflit local… et toute une philosophie qui vacille*


Tout commence, comme souvent, par une querelle presque banale.

Un adepte des traditions ancestrales.

Un fidèle musulman.

Une discussion.

Puis un désaccord.

Et enfin… ce moment imperceptible où l’on cesse de parler pour commencer à juger.

Ce qui aurait pu être un échange devient une confrontation.

Ce qui relevait d’une différence devient une frontière.

Et l’on découvre, un peu tard, que le problème n’était pas la religion…

mais la manière de la porter.


*Quand le débat perd son humour… et parfois son âme*


Dans ces sociétés où l’on savait autrefois rire même de ses propres certitudes, le ton change.

Les mots deviennent lourds :

— « satanisme » pour désigner l’autre,

— « ignorance » pour répondre,

— et parfois pire… toujours avec la conviction d’avoir Dieu de son côté.

Or, quand Dieu devient un argument de dispute,

il cesse d’être une source de paix.

On oublie alors une évidence presque divine dans sa simplicité :

si Dieu avait voulu convaincre tout le monde de la même manière,

Il n’aurait sans doute pas pris la peine de créer autant de différences.


*Le temps où le silence était un langage*


Il fut un temps (pas si lointain ) où le vivre-ensemble ne faisait pas l’objet de conférences… parce qu’il était vécu.

À l’approche des mosquées, les Egungun suspendaient leurs tambours.

Non par soumission… mais par élégance.

Le silence devenait langage.

Un langage que tout le monde comprenait.

Pendant le Ramadan, les cérémonies traditionnelles ralentissaient leur rythme.

Non par contrainte… mais par respect.

C’était une diplomatie sans ambassadeurs,

une sagesse sans discours,

une paix sans signature.


*Aujourd’hui : quand chacun parle… et que plus personne n’écoute*


Cet équilibre, autrefois presque instinctif, semble s’effriter.

Les processions ne s’interrompent plus.

Les tambours ne se taisent plus.

Et parfois, chacun augmente le volume… pour être sûr d’être entendu.

À Porto-Novo comme ailleurs, des manifestations cultuelles se déploient désormais avec une intensité nouvelle, y compris en période de Ramadan.

Ce n’est pas toujours une provocation.

Mais c’est souvent perçu comme tel.

Et dans ces malentendus répétés naissent les tensions durables.


Dieu n’a pas fait d’erreur… mais l’homme oublie parfois le mode d’emploi


Si Dieu l’avait voulu, nous prierions tous dans la même langue, au même moment, dans les mêmes lieux…et probablement avec les mêmes querelles.

Mais Dieu (dans Sa sagesse, et peut-être avec un certain sens de l’humour) en a décidé autrement.

Il nous a faits différents.

Pas pour nous opposer… mais pour nous apprendre à cohabiter.


Autrefois, la foi était une affaire sérieuse… mais jamais une affaire de rupture.


On pouvait voir, le même jour :

— un musulman partager son repas avec un chrétien,

— un chrétien assister à une fête traditionnelle,

— et un adepte du Vodun bénir discrètement tout ce beau monde… au cas où le ciel aurait besoin d’un relais local.

On priait différemment, mais on riait ensemble.


*La nouvelle tentation : s’isoler pour mieux croire*


Aujourd’hui, certaines voix prônent une rigueur qui confine à la rupture :

— « Ne mangez pas avec les autres. »

— « Ne saluez pas leurs fêtes. »

— « Ne vous liez pas d’amitié avec eux. »

— « Évitez-les… autant que possible. »

À ce rythme, bientôt, on recommandera de respirer chacun de son côté.

Le problème n’est pas la foi.

Le problème, c’est la distance que l’on fabrique à partir de la foi.

Car à force d’éviter l’autre,

on finit par oublier qu’il est… humain.


*Quand la société répond… avec ses propres symboles*


À Abeokuta, lors du dernier Ramadan, un événement a surpris plus d’un observateur.

Les adeptes des traditions ancestrales ont organisé une grande procession.

Un carnaval.

Une foule immense.

Un geste inédit.

Habituellement, ils ralentissent leurs activités par respect.

Mais cette fois-ci… ils ont choisi de se rendre visibles.

Comme pour dire, sans violence mais avec clarté :

« Le respect n’est pas un monologue. »

Et la sagesse populaire, toujours directe, a tranché :

On ne peut pas mépriser la foi des autres et exiger qu’ils respectent la nôtre.

On ne peut pas fermer sa porte… et reprocher au voisin de ne plus entrer.


La foi : une affaire intime, pas une compétition


La foi n’est pas un concours de certitude.

Elle est une expérience intérieure, souvent silencieuse, parfois fragile, toujours personnelle.

Les religions ne sont pas des équations à résoudre.

Ce sont des chemins à parcourir.

Et ces chemins, bien que différents, mènent souvent aux mêmes horizons :

— devenir meilleur,

— maîtriser ses passions,

— aimer davantage.

Le croisement du Ramadan et du Carême en est une illustration presque poétique :

deux traditions différentes… qui enseignent au même moment la retenue et la purification.

Comme si, parfois, les religions se donnaient rendez-vous… sans prévenir leurs fidèles.


Avant les religions importées… une mémoire


Il y a aussi cette vérité que l’on évite parfois de regarder en face :

Avant d’être musulmans,

avant d’être chrétiens,

nous étions déjà… quelque chose.

Ce quelque chose s’appelle, chez nous, le Vodun.

Un héritage.

Une mémoire.

Une manière d’habiter le monde.

Un patrimoine ne se jette pas comme une erreur.

Il se comprend.

Il s’améliore.

Il se réinvente.


Conclusion : l’essentiel n’a pas changé… mais nous l’oublions


Les sociétés ne se fragilisent pas parce qu’elles sont différentes.

Elles se fragilisent lorsqu’elles refusent d’apprendre à vivre avec leurs différences.

Le monde yoruba nous avait appris une leçon précieuse :

on peut croire différemment… et vivre profondément ensemble.

Il serait dommage de l’oublier.

Car au fond, la vraie question n’est pas :

« Qui a raison ? »

Mais plutôt :

 « Qui est encore capable d’aimer malgré les différences ? »

Et peut-être que le vivre-ensemble commence là, dans ces gestes simples et presque invisibles :

-se taire quand il le faut,

-parler sans blesser,

 et surtout…

-ne jamais oublier que Dieu n’a jamais demandé à ses fidèles de se détester pour Lui plaire.


*Par l’Ambassadeur Naïm AKIBOU*

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