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Gangbé Brass Band : six musiciens béninois sous le coup d’une obligation de quitter la France

Par LTC Admin - 19/10/2026
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Gangbé Brass Band : six musiciens béninois sous le coup d’une obligation de quitter la France


Installés en France depuis quatre ans, six membres du célèbre Gangbé Brass Band sont visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Fragilisés par l’annulation de plusieurs concerts et la baisse de leurs revenus artistiques, les musiciens font face à une situation administrative préoccupante. À Douarnenez, dans le Finistère, des soutiens se mobilisent pour défendre leur maintien sur le territoire français.


C’est une épreuve inattendue pour le Gangbé Brass Band, l’une des formations musicales emblématiques du Bénin. Six musiciens de ce groupe fondé en 1994 sont sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), une décision administrative qui remet en question leur séjour en France, où ils vivent depuis quatre ans. Révélée par le quotidien Libération le 14 octobre 2026, cette situation suscite une mobilisation, notamment à Douarnenez, dans le Finistère, où résident trois des artistes concernés.


Au-delà de la situation administrative de ces musiciens, cette affaire met en lumière les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les artistes étrangers lorsque la précarité du secteur culturel compromet leur capacité à remplir les conditions exigées pour conserver leur titre de séjour.


Des revenus artistiques fragilisés par l’annulation de concerts


À l’origine de cette situation se trouvent les exigences liées au titre de séjour dont bénéficient les musiciens. Ces derniers séjournent en France sous le régime du « passeport talent », un dispositif destiné notamment aux professionnels exerçant une activité artistique et culturelle.


Ce statut est soumis à des conditions de ressources et d’activité. Selon les éléments rapportés, les artistes doivent justifier de revenus correspondant à au moins 70 % du Smic brut, dont une part minimale de 51 % issue de leur activité artistique.


Or, plusieurs festivals auxquels le Gangbé Brass Band devait participer auraient été annulés au dernier moment, faute de subventions. Ces annulations ont entraîné une diminution des occasions de se produire sur scène et, par conséquent, des revenus générés par les prestations musicales.


Cette baisse d’activité a fragilisé la situation des artistes au regard des exigences administratives françaises. Le tromboniste Martial Ahouandjinou évoque également les difficultés liées au seuil des 507 heures d’activité généralement associé au régime de l’intermittence du spectacle.




Pour ces musiciens, la difficulté est donc double : préserver leur activité professionnelle dans un secteur culturel fragilisé et satisfaire aux conditions administratives nécessaires à la poursuite de leur séjour.


L’inquiétude des musiciens et la mobilisation des soutiens


La notification de ces obligations de quitter le territoire a provoqué la surprise et l’inquiétude des membres du groupe. Le percussionniste Benoît Avihoué, cité par France 3, a notamment exprimé son étonnement, affirmant n’avoir rencontré aucun problème depuis son arrivée en France.


De son côté, Martial Ahouandjinou fait part de la détermination des musiciens à poursuivre leur parcours professionnel. Face aux difficultés rencontrées dans le secteur culturel, les artistes envisagent de continuer à travailler, y compris en dehors de leur domaine habituel, afin de préserver leurs moyens de subsistance.


À Douarnenez, cette situation a suscité une mobilisation en faveur des musiciens. Des soutiens locaux se sont manifestés et la direction de la culture souhaite permettre au groupe de se produire prochainement.


Cette mobilisation témoigne de l’attachement suscité par la formation béninoise et de la place qu’elle a pu occuper dans la vie culturelle locale. Elle souligne également la difficulté de concilier les exigences administratives liées au séjour des artistes étrangers avec les réalités économiques d’un secteur où les programmations peuvent être bouleversées par des contraintes budgétaires.


Des recours judiciaires engagés


Sur le plan juridique, des démarches ont été entreprises pour contester les décisions prises à l’encontre de certains membres du groupe.


Un référé introduit par deux musiciens, le saxophoniste Ebenezer Akloe et le trompettiste Prosper Odjo, a été rejeté en août 2026. Selon la pétition lancée en soutien aux artistes, leur recours sur le fond doit être examiné le 19 novembre 2026 par le tribunal administratif de Rennes.


Cette échéance constitue une étape importante dans la procédure engagée par les deux musiciens. L’examen au fond doit permettre au tribunal de se prononcer sur la contestation qui lui est soumise, selon les arguments présentés dans le dossier.


En revanche, les informations disponibles ne détaillent pas précisément la situation procédurale des quatre autres membres concernés. Il convient donc de distinguer les démarches judiciaires documentées de ces deux artistes de celles qui pourraient éventuellement avoir été entreprises par les autres musiciens.


Que signifie une obligation de quitter le territoire français ?


L’obligation de quitter le territoire français est une décision administrative prise notamment lorsqu’un titre de séjour est refusé ou que son renouvellement n’est pas accordé. Elle ne constitue pas, en elle-même, une sanction pénale.


Les délais de départ et de recours dépendent toutefois de la nature de la décision et de ses modalités de notification. Une OQTF peut notamment prévoir un délai de départ volontaire de 30 jours, tandis que certaines décisions relèvent de régimes différents. Les conditions dans lesquelles elle peut être contestée et les effets du recours sur son exécution doivent donc être appréciés au regard de la situation précise de chaque personne.


Dans le cas des musiciens du Gangbé Brass Band, l’enjeu est de déterminer si les décisions contestées peuvent être remises en cause et quelles solutions administratives ou judiciaires sont susceptibles de leur permettre de poursuivre leur activité en France.




Un enjeu qui dépasse le seul destin d’un groupe musical


Fondé en 1994, le Gangbé Brass Band s’est imposé comme une formation représentative de la vitalité musicale béninoise. La situation de ses six membres met aujourd’hui en évidence les conséquences que peuvent avoir les difficultés économiques du secteur culturel sur la stabilité professionnelle et administrative des artistes étrangers.


L’annulation de festivals, la raréfaction des engagements et la baisse des revenus peuvent en effet produire des effets qui dépassent le cadre strictement professionnel, notamment lorsque le droit au séjour est lié à des conditions précises de ressources et d’activité.


Alors que des soutiens se mobilisent à Douarnenez et que des démarches judiciaires se poursuivent, l’avenir des musiciens dépendra notamment de l’évolution de leurs recours et des possibilités de régularisation qui pourraient être examinées dans leur situation.


Pour le Gangbé Brass Band, cette épreuve administrative intervient ainsi à un moment où la poursuite de l’activité musicale se heurte à des contraintes qui ne relèvent pas uniquement du talent ou de la volonté des artistes, mais également des réalités économiques et des règles encadrant le séjour des professionnels étrangers.


Youssouf AVOCEGAMOU

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