*Ressources minières au Ghana*
*Accra impose le raffinage local de l’or artisanal avec des ambitions et des limites*
*_Depuis le 1er septembre 2026, le Ghana interdit l’exportation d’or artisanal non raffiné. Annoncée par le régulateur public Goldbod, seul acheteur et exportateur agréé de l’or artisanal ghanéen, la mesure oblige désormais les acheteurs agréés à faire transformer leurs minerais dans l’une des quatre raffineries homologuées du pays avant toute vente à l’étranger. Les agrégateurs avaient jusqu’au 31 août 2026 pour mettre à jour leurs contrats d’achat, sous peine de retrait de licence.*_
Cette décision s’inscrit dans une volonté de reprise en main du secteur aurifère artisanal et de petite échelle, devenu en 2025 la première source de production d’or du pays, devant les grandes mines industrielles. Selon Goldbod, le secteur a généré près de 11 milliards de dollars de recettes en devises en 2025, avec une production de 104 tonnes, en hausse de 63 % sur un an d’après la Chambre des mines du Ghana. Le régulateur table sur un volume au moins équivalent en 2026 : les achats du premier semestre atteignaient déjà entre 50 et 54 tonnes, selon son directeur général.
*Quatre raffineries agréées mais sans certification internationale*
Pour se conformer à la nouvelle directive, les négociants doivent désormais confier leurs minerais à Gold Coast Refinery, Royal Ghana Gold, Sahara Royal Gold Refinery et IPM KAL Ghana. Toutefois, aucune de ces quatre raffineries ne dispose à ce jour de la certification LBMA (London Bullion Market Association), indispensable pour accéder aux principales places financières internationales de l’or. Sur le continent africain, seule la sud-africaine Rand Refinery détient actuellement cet agrément.
Sur le terrain, seules deux raffineries avaient des contrats d’approvisionnement effectifs avec Goldbod. Gold Coast Refinery, en activité depuis 2016, est autorisée à recevoir jusqu’à une tonne d’or semi-raffiné par semaine pour une capacité de traitement de deux tonnes hebdomadaires. Royal Ghana Gold, inaugurée en août 2024, peut théoriquement traiter 400 kilogrammes par jour, mais Goldbod indiquait en avril qu’un équipement supplémentaire restait nécessaire pour atteindre ce seuil.
*Un objectif de valeur ajoutée confronté au scepticisme des experts*
Pour le directeur général de Goldbod, cette directive doit permettre de rompre avec les exportations de matières premières brutes : « Il est temps d’arrêter d’exporter nos richesses et de bâtir une économie durable ». En parallèle, les autorités ont annoncé la mise en place d’un système de traçabilité de l’or artisanal et prévoient l’ouverture, courant 2026, d’un laboratoire d’analyse aux normes LBMA.
Cependant, le bien-fondé économique de la mesure est remis en cause par des spécialistes. Pour Bright Simons, chercheur au centre de réflexion Imani à Accra, l’or est déjà raffiné à un certain point avant exportation, avec une marge très faible. « Il n’y a aucune logique économique à raffiner davantage juste pour exporter », a-t-il déclaré à RFI, rappelant que les raffineries existant depuis une vingtaine d’années au Ghana « n’ont pas vraiment marché, car elles ont eu du mal à dégager des bénéfices».
*Youssouf TOUDONOU*
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