Igname béninoise
La révolution silencieuse d'une filière d'avenir
Longtemps perçue comme une simple culture de subsistance, l'igname s'impose aujourd'hui comme l'un des leviers les plus prometteurs de l'agriculture béninoise. Ancrée dans les Collines, le Borgou, l'Alibori, l'Atacora et la Donga, forte d'un savoir-faire ancestral et d'une production qui place le Bénin dans le top 5 mondial aux côtés du Nigeria et du Ghana, elle réunit désormais toutes les conditions pour passer du champ informel à une véritable filière structurée.
En effet, une filière ne se limite pas à la production. Elle implique une chaîne de valeur complète : transformation, transport, commercialisation nationale et internationale. Or, à cet égard, l'igname coche toutes les cases.
D'une part, la demande est considérable. Dans la sous-région ouest-africaine - Nigeria, Togo, Niger - l'igname et ses dérivés comme la cossette ou l'amala sont fortement consommés. D'autre part, la diaspora africaine en Europe et en Amérique du Nord constitue un marché d'exportation en pleine croissance. À cela s'ajoute un potentiel de transformation élevé : le tubercule ne se consomme plus seulement bouilli ou pilé. Il peut être valorisé à grande échelle en farine prête à l'emploi, en fécule et amidon destinés aux industries agroalimentaire, pharmaceutique et textile, en ingrédients cosmétiques grâce aux propriétés de variétés spécifiques comme la Pilimpili, ainsi qu'en chips et frites surgelées prêtes à cuire.
Toutefois, cette structuration se heurte encore à trois obstacles majeurs. Premièrement, le déficit d'organisation. Contrairement au coton, à l'anacarde ou au soja, les producteurs, transporteurs et transformateurs d'igname ne sont pas encore fédérés au sein d'une interprofession forte capable de stabiliser les prix et de défendre leurs intérêts. Deuxièmement, les pertes post-récolte. Gorgée d'eau et hautement périssable, une part importante de la production pourrit faute d'entrepôts ventilés ou réfrigérés.
Troisièmement, la pénibilité culturale : la confection des buttes reste très physique et exigeante en terres fertiles, d'où l'urgence de la mécanisation et de l'accès à des semences de qualité, notamment des vitroplants résistants aux maladies.
Pourtant, les bénéfices d'une filière organisée seraient majeurs. Sur le plan social, elle créerait des milliers d'emplois, de la production à la distribution en passant par les usines, notamment pour les jeunes et les femmes très actives dans le commerce et le micro-séchage. Sur le plan économique, elle offrirait une diversification stratégique à un pays qui cherche à réduire sa dépendance au coton, au même titre que le manioc, et permettrait d'accroître les recettes d'exportation. Enfin, sur le plan alimentaire, elle garantirait la disponibilité du produit toute l'année à des prix stables pour le consommateur béninois.
Youssouf AVOCEGAMOU
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