La coopération entre le Bénin et la Chine s’impose aujourd’hui comme un axe majeur du développement national. Routes, hôpitaux, universités et technologies témoignent d’une volonté commune de bâtir un avenir partagé. Mais au‑delà des infrastructures, cette relation soulève une question essentielle: comment transformer ces opportunités en prospérité durable pour le peuple béninois?
La modernisation à la chinoise : ce que le Bénin peut apprendre sans devenir une copie de la Chine
Mon regard sur la modernisation à la chinoise et les relations sino-béninoises
Par Christ paterne HOUNHOUENOU
Quand je pense à la Chine d’aujourd’hui, une question me vient immédiatement à l’esprit : comment un pays qui était encore considéré, il y a quelques décennies, comme un pays en développement a-t-il réussi à devenir l'une des grandes puissances économiques, industrielles et technologiques du monde ?Cette interrogation est, pour moi, au cœur du thème de ce concours.
Car parler de la modernisation à la chinoise ne consiste pas simplement à parler de grandes villes, de gratte-ciel, de trains rapides ou de technologies de pointe. Derrière ces images impressionnantes, je vois surtout une chose : une vision du développement inscrite dans la durée.
Et c'est précisément sur ce point que l'expérience chinoise peut interpeller un pays comme le Bénin. Je ne pense pas que le Bénin doive chercher à devenir une « petite Chine ». Nos histoires, nos réalités et nos besoins sont différents. Mais je suis convaincu que nous pouvons observer ce que la Chine a réussi, comprendre les mécanismes qui ont permis cette transformation et nous demander ce que nous pouvons, à notre tour, adapter à notre propre réalité.
Ce qui m'interpelle dans la modernisation chinoise
Ce qui m'intéresse particulièrement dans l'expérience chinoise, ce n'est pas uniquement le résultat visible aujourd'hui. C'est le chemin parcouru. La modernisation chinoise me paraît reposer sur plusieurs piliers : les infrastructures, l'industrialisation, la formation, la technologie, la transformation de l'agriculture, l'innovation et surtout la capacité à penser sur le long terme.
En tant que Béninois, c'est cette dernière dimension qui m'interpelle particulièrement.
Nous avons souvent tendance à vouloir mesurer rapidement les résultats d'une politique publique. Pourtant, certaines transformations nécessitent du temps, de la constance et une vision qui dépasse une génération. Lorsque je regarde les ambitions actuelles du Bénin en matière d'infrastructures, d'industrialisation et de transformation économique, je me dis que nous sommes également engagés dans une recherche de transformation.
Mais une question demeure : comment faire pour que cette transformation ne soit pas seulement visible dans nos infrastructures, mais qu'elle se traduise également par une véritable transformation de notre économie et de notre société ? Produire ne suffit plus : il faut transformer
À mes yeux, l'une des grandes leçons que le Bénin peut tirer de l'expérience chinoise concerne la transformation.
Notre pays possède des richesses agricoles importantes. Nous produisons du coton, du cajou, du soja, de l'ananas et bien d'autres produits.
Mais produire une matière première ne signifie pas nécessairement en tirer toute la valeur. C'est là que se trouve, selon moi, l'un des grands défis du Bénin.
Je me pose souvent cette question : pourquoi exporter essentiellement une matière première lorsque nous pouvons également créer autour d'elle des emplois, des entreprises, des compétences et de la valeur ajoutée ?
La modernisation ne devrait-elle pas justement consister à franchir cette étape ? C'est pour cette raison que les efforts engagés dans le domaine de la transformation industrielle retiennent mon attention. La Zone industrielle de Glo-Djigbé, par exemple, représente à mes yeux plus qu'un ensemble d'usines. Elle peut devenir un véritable laboratoire de la transformation économique du Bénin.
Mais je pense qu'il faut aller encore plus loin.
Une usine ne doit pas seulement produire. Elle doit aussi contribuer à former des techniciens, à développer des compétences, à faire émerger des entreprises et à permettre aux jeunes Béninois de maîtriser progressivement les technologies utilisées. Autrement dit, la modernisation doit laisser derrière elle des compétences.
Ce que la coopération avec la Chine peut apporter au Bénin
C'est ici que la question des relations sino-béninoises devient particulièrement intéressante.
La coopération entre le Bénin et la Chine ne date pas d'hier. Mais son évolution récente montre qu'elle peut prendre une dimension encore plus stratégique. Pour moi, cette coopération ne doit pas être regardée uniquement sous l'angle des infrastructures ou des investissements.
Je préfère poser une autre question :
Que restera-t-il de cette coopération dans les compétences des Béninois dans dix, vingt ou trente ans ? C'est une question qui me paraît fondamentale.
Construire une infrastructure est important. Mais former un ingénieur béninois capable demain de concevoir, d'entretenir ou d'améliorer cette infrastructure l'est tout autant.
Importer une technologie est utile. Mais permettre à nos jeunes de la comprendre, de la maîtriser et éventuellement de l'améliorer est encore plus important. Attirer des investisseurs est nécessaire. Mais faire en sorte que les entreprises béninoises puissent progressivement grandir à leurs côtés me paraît indispensable.
C'est donc à ce niveau que je situe l'une des grandes opportunités de la coopération sino-béninoise : le transfert de compétences et de savoir-faire.
S'inspirer de la Chine sans la copier Il y a une idée que je trouve particulièrement intéressante dans le dialogue entre la Chine et le Bénin : la modernisation chinoise n'est pas présentée comme une recette que tous les pays devraient reproduire à l'identique.
Et je partage cette vision.
Le Bénin ne doit pas chercher à devenir la Chine.
Nous devons chercher à devenir un Bénin plus moderne, plus productif, plus industrialisé et surtout plus autonome dans les domaines stratégiques. Nous pouvons apprendre de la Chine sa capacité à planifier.
Nous pouvons observer son expérience en matière d'infrastructures.
Nous pouvons nous inspirer de son développement industriel.
Nous pouvons apprendre de son expérience dans le numérique, l'agriculture, la formation technique et l'innovation. Mais nous devons toujours nous poser une question : qu'est-ce qui correspond réellement aux réalités béninoises ?
Car une bonne coopération n'est pas celle qui nous pousse à abandonner notre identité ou notre manière de penser.
C'est celle qui nous permet d'apprendre des autres tout en restant capables de construire notre propre chemin.Une coopération qui doit se ressentir dans la vie des populations
En tant que journaliste, je suis également attentif à une autre dimension : l'impact réel du développement sur les populations.
Les grandes annonces, les cérémonies officielles et les accords entre gouvernements sont importants. Mais au bout du compte, c'est le citoyen qui doit pouvoir constater les résultats. Le jeune qui trouve une formation.
La femme qui développe son activité.
L'agriculteur qui peut mieux transformer et vendre sa production.
L'entrepreneur qui accède à une nouvelle technologie.
L'étudiant qui bénéficie d'une meilleure formation. Le patient qui reçoit de meilleurs soins.
C'est à travers ces réalités quotidiennes que la coopération internationale prend tout son sens.
C'est pourquoi je pense que les échanges entre le Bénin et la Chine doivent continuer à mettre l'accent sur l'éducation, la formation, la santé, la technologie, l'agriculture, l'industrie et les échanges entre les peuples. Car une infrastructure peut durer plusieurs décennies, mais une compétence transmise à un jeune peut être multipliée pendant toute une vie.
La véritable richesse : ce que nous serons capables de faire nous-mêmes
Lorsque je réfléchis à la modernisation chinoise, je reviens toujours à cette idée : un pays devient véritablement fort lorsqu'il développe progressivement sa capacité à faire par lui-même.
C'est là, selon moi, que se trouve le véritable défi pour le Bénin.
Nous devons pouvoir attirer les investissements tout en développant nos propres entreprises.
Nous devons pouvoir accueillir les technologies étrangères tout en formant ceux qui pourront les maîtriser. Nous devons pouvoir bénéficier de l'expertise internationale tout en développant notre propre expertise.
Nous devons pouvoir travailler avec la Chine tout en renforçant notre capacité à décider de notre propre avenir.
Je ne vois donc pas la coopération sino-béninoise comme une relation dans laquelle l'un construit et l'autre reçoit. Je la vois plutôt comme une possibilité de construire ensemble, d'apprendre ensemble et, progressivement, de permettre au Bénin de renforcer ses propres capacités.
La modernisation doit d'abord transformer l'homme
À force de parler de routes, de ports, d'usines, de technologies et d'investissements, nous pouvons parfois oublier l'essentiel : derrière chaque projet de développement, il y a des hommes et des femmes. Une route n'est utile que parce qu'elle facilite la vie des populations.
Une usine n'a de sens que si elle crée de la valeur et des emplois.
Une technologie n'est véritablement utile que si elle permet de résoudre un problème.
Une école moderne n'a de valeur que si elle prépare une génération capable de relever les défis de demain. C'est pourquoi, dans mon regard sur la modernisation à la chinoise, je place l'être humain au centre.
Je crois que le Bénin doit investir davantage dans ses jeunes, dans la formation professionnelle, dans les sciences, dans le numérique, dans la recherche et dans l'entrepreneuriat.
Car les infrastructures peuvent être construites par des partenaires étrangers. Mais la compétence nationale, elle, doit être construite par nous-mêmes. Le Bénin n'a pas besoin de devenir une autre Chine
Au terme de cette réflexion, ma conviction est simple.
Le Bénin n'a pas besoin de devenir une autre Chine. Il doit devenir une meilleure version de lui-même.
La Chine peut être pour nous un partenaire important, une source d'expérience, de technologies, d'investissements et de savoir-faire. Mais notre développement restera avant tout une responsabilité béninoise.
La réussite de la coopération sino-béninoise ne devrait donc pas uniquement se mesurer au nombre d'infrastructures réalisées ou au volume des investissements mobilisés.
Elle devrait aussi se mesurer au nombre de jeunes formés, de compétences acquises, d'entreprises créées, de technologies maîtrisées et de solutions développées localement C'est là que je situe, personnellement, le véritable enjeu de la modernisation à la chinoise.
S'inspirer sans copier. Coopérer sans dépendre. Apprendre pour pouvoir, demain, faire davantage par nous-mêmes.
Et si la plus grande leçon que la Chine pouvait transmettre au Bénin était finalement celle-ci : un pays ne se modernise pas seulement lorsqu'il construit davantage ; il se modernise lorsqu'il devient progressivement capable de construire davantage par lui-même. Pour moi, c'est dans cette perspective que les relations sino-béninoises peuvent prendre tout leur sens.
Construire ensemble aujourd'hui, apprendre ensemble demain, et donner au Bénin les moyens de construire davantage par lui-même.
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