IMG-LOGO
Accueil Actualités Le mirage colonial : un signal d’alarme pour les États africains
Actualités

Le mirage colonial : un signal d’alarme pour les États africains

Par LTC Admin - 12/05/2026
IMG

*CHRONIQUE*


*RECOLONISER L’AFRIQUE ?*


*LE CRI D’UNE DÉCEPTION… ET L’AVEU D’UN ÉCHEC COLLECTIF*


*Par Naïm Akibou Ambassadeur*


Proposer la recolonisation de l’Afrique au XXIᵉ siècle relève, à première vue, de la provocation ou de l’ignorance historique. Pourtant, lorsque cette idée est exprimée publiquement par une jeune Africaine, éduquée et vivant en Europe, elle ne peut être réduite à une simple aberration. Elle doit être interrogée comme un symptôme : celui d’un désenchantement profond, d’une rupture de confiance entre les citoyens africains et leurs propres systèmes de gouvernance.


*Une déclaration choquante… mais révélatrice*


Il faut prendre au sérieux (sans pour autant l’accepter) la déclaration de cette jeune Camerounaise vivant en France, qui, sur un plateau de télévision, en est venue à souhaiter la recolonisation de l’Afrique.

Oui, la proposition choque.

Elle heurte la mémoire, bouscule la dignité et semble trahir des décennies de luttes pour la souveraineté.

Mais la balayer d’un revers de main serait une erreur.

Car derrière cette phrase provocatrice se cache une réalité plus dérangeante : celle d’un profond désenchantement.


*Quand la confiance est brisée*


Lorsqu’une jeune Africaine en vient à penser que la domination étrangère serait préférable à la gouvernance nationale, ce n’est pas d’abord un problème de mémoire historique.

C’est un problème de confiance brisée.

Elle ne célèbre pas la colonisation.

Elle condamne, à sa manière, ce qu’elle perçoit comme les dérives persistantes :

corruption endémique,

détournements de deniers publics,

népotisme,

régionalisme,

ethnocentrisme.

Elle ne rêve pas d’un retour au passé.

Elle fuit un présent qu’elle juge sans issue.


*Le mirage dangereux de la recolonisation*


Faut-il pour autant céder à cette tentation de l’amnésie ?

Rappelons une vérité fondamentale :

la colonisation n’a jamais été un projet de justice, ni de bonne gouvernance.

Elle fut :

un système de domination,

un mécanisme d’exploitation,

une entreprise de dépossession politique, économique et culturelle.

Imaginer qu’elle aurait réglé les problèmes actuels relève d’un mirage.

Aucun peuple ne construit sa dignité dans la dépendance.

Aucune nation ne se développe durablement sous tutelle.


*Une interpellation directe à nos États*


Mais se réfugier derrière cette vérité historique ne suffit pas.

Car si une telle idée peut aujourd’hui émerger dans l’espace public, c’est aussi parce que nos États n’ont pas toujours su incarner les promesses de l’indépendance.

La question est donc brutale, mais nécessaire :

Qu’avons-nous fait de notre souveraineté ?

Car la souveraineté :

n’est pas un slogan,

n’est pas un héritage figé,

n’est pas une posture politique.

Elle est une responsabilité.

Elle exige :

des institutions solides,

une gestion rigoureuse des ressources,

une justice crédible,

une élite consciente de sa mission historique.

Lorsqu’elle se vide de son contenu, elle devient un mot creux…

et laisse place aux frustrations, aux désillusions, et parfois aux dérives les plus extrêmes.


*Un miroir impitoyable pour nos sociétés*


Ce discours, aussi choquant soit-il, agit comme un miroir.

Un miroir impitoyable.

Il nous renvoie à une réalité que nous préférons parfois éviter :

le véritable danger n’est pas la nostalgie coloniale en elle-même,

 mais ce qui la rend audible.

C’est-à-dire :

le sentiment d’abandon,

l’absence de résultats concrets,

la perte de crédibilité des institutions.

Quand l’État ne rassure plus, les imaginaires cherchent refuge… même dans l’inacceptable.


*S’indigner ou se réformer : le vrai choix*


Face à cette situation, deux attitudes sont possibles :

s’indigner,

ou se remettre en question.

S’indigner est légitime.

Mais insuffisant.

Se réformer est exigeant.

Mais indispensable.

Car la réponse ne viendra :

ni d’un retour impossible au passé,

ni d’une tutelle extérieure,

ni d’une nostalgie reconstruite.

Elle viendra de notre capacité collective à refonder nos États.


*Conclusion : un signal d’alarme à ne pas ignorer*


L’Afrique n’a pas besoin d’être recolonisée.

Elle a besoin :

d’être mieux gouvernée,

d’être mieux organisée,

d’être mieux dirigée.

Ce type de discours n’est pas une solution.

C’est un signal d’alarme.

Et les signaux d’alarme ont une fonction simple :

avertir avant qu’il ne soit trop tard.

Si nous ne répondons pas aux attentes légitimes de nos populations,

d’autres voix émergeront , plus radicales, plus désespérées, plus dangereuses.

Car lorsqu’un peuple commence à douter de sa propre capacité à se gouverner,

ce n’est pas seulement un malaise politique…

c’est une fracture civilisationnelle.

À nous de la réparer.

Tags:

Anciens commentaires



Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *