Port autonome de Cotonou : les déclarants en douane alertent sur les retards de positionnement des conteneurs et les surcoûts
Lettre ouverte au président Romuald Wadagni : l’AJDMDB réclame des mesures urgentes pour fluidifier les opérations portuaires
La continuité de service annoncée au Port autonome de Cotonou, y compris les week-ends et jours fériés, ne suffirait pas, selon l’Association des jeunes déclarants et mandataires en douane du Bénin (AJDMDB), à résoudre les difficultés rencontrées par les opérateurs économiques. Dans sa quatrième lettre ouverte adressée au président de la République, Romuald Wadagni, l’association met en cause les retards de positionnement des conteneurs et les frais supplémentaires qui en découlent. Elle plaide pour un mécanisme de suivi impliquant l’autorité portuaire, les manutentionnaires et les déclarants en douane.
La fluidité des opérations portuaires demeure un enjeu majeur pour la compétitivité du Port autonome de Cotonou. Alors que l’augmentation du volume des marchandises et l’extension des infrastructures appellent une adaptation de l’organisation du travail, les acteurs de la chaîne logistique continuent de s’interroger sur les véritables causes des lenteurs observées dans l’enlèvement des marchandises.
C’est dans ce contexte que l’Association des jeunes déclarants et mandataires en douane du Bénin (AJDMDB), par la voix de son président, Marouf Salami, interpelle le chef de l’État, Romuald Wadagni. Dans une quatrième lettre ouverte, l’organisation exprime ses préoccupations à la suite de la communication du Port autonome de Cotonou relative à la continuité de service des structures intervenant dans les opérations portuaires, notamment les week-ends et les jours fériés.
Pour l’association, l’élargissement des plages de travail peut contribuer à améliorer la prise en charge des marchandises. Toutefois, cette mesure risque de ne produire que des résultats limités si les difficultés liées au positionnement des conteneurs ne sont pas traitées en profondeur.
Derrière cette interpellation se trouve une question essentielle : comment accélérer effectivement les enlèvements lorsque les formalités et les paiements sont accomplis, mais que les conteneurs ne sont pas disponibles au moment attendu ?
Le paiement n’est pas nécessairement le principal obstacle, selon l’AJDMDB
Dans son analyse technique, l’association conteste l’idée selon laquelle les retards de paiement constitueraient la principale explication des lenteurs enregistrées dans les opérations d’enlèvement.
Elle s’appuie notamment sur la dématérialisation des procédures engagées au sein de l’administration douanière et des plateformes intervenant dans la chaîne portuaire. Les paiements des droits et taxes douanières, du USN ainsi que des frais de manutention et de stationnement peuvent, selon les dispositifs concernés, être effectués par voie électronique.
Pour l’AJDMDB, ces possibilités de paiement à distance permettent aux opérateurs de régler leurs obligations sans nécessairement se déplacer d’un service à un autre. L’association estime ainsi que le diagnostic doit aller au-delà de la seule question financière pour s’intéresser au déroulement concret des opérations sur le terrain.
Cette position mérite une attention particulière dans un environnement où chaque heure perdue peut avoir des conséquences sur les coûts logistiques, la disponibilité des camions et le respect des engagements commerciaux.
L’enjeu n’est donc pas seulement de faciliter les paiements, mais aussi de garantir que les formalités accomplies débouchent, dans des délais prévisibles, sur la mise à disposition effective des marchandises.
Le positionnement des conteneurs au cœur des préoccupations
L’AJDMDB situe le principal point de blocage dans le processus de positionnement des conteneurs par les manutentionnaires. Elle décrit un mécanisme dans lequel le client procède d’abord au paiement du USN, présenté dans sa lettre comme ayant une validité contractuelle de 72 heures. Le déclarant introduit ensuite une demande de positionnement auprès des plateformes concernées, notamment celles de Bénin Terminal et d’ATRAL.
C’est à cette étape que des difficultés pourraient survenir. L’association évoque plusieurs motifs susceptibles d’expliquer les retards : l’indisponibilité des portiques de parc sur pneus, communément appelés RTG, la congestion des aires de stockage, le manque de châssis ou encore la priorité accordée à certaines opérations liées au chargement et au déchargement des navires.
Selon le constat exposé par l’organisation professionnelle, un conteneur dont les frais ont été réglés peut ainsi rester en attente de positionnement, empêchant le client de procéder à son enlèvement dans les délais espérés.
Cette situation soulève une difficulté opérationnelle importante : lorsque le délai de validité du USN arrive à expiration alors que le conteneur n’a pas été positionné, le client risque de supporter des frais additionnels, notamment des surestaries, des frais de gardiennage ou de stationnement.
L’association dénonce alors une répartition qu’elle juge injuste des charges. À ses yeux, l’opérateur économique ne devrait pas subir seul les conséquences financières d’un retard qui, selon les circonstances, peut résulter de contraintes opérationnelles indépendantes de sa volonté.
Des surcoûts qui fragilisent les opérateurs économiques
Au-delà des difficultés techniques, la question des frais supplémentaires constitue l’un des principaux motifs d’inquiétude exprimés dans la lettre ouverte.
Marouf Salami souligne que les montants cumulés des surestaries, du gardiennage et du stationnement peuvent devenir particulièrement élevés. L’association cite notamment le cas de factures pouvant atteindre 2,5 millions de FCFA, un montant présenté comme illustratif de la pression financière que ces frais peuvent exercer sur certains clients.
Pour les importateurs, ces dépenses supplémentaires pèsent sur les coûts d’approvisionnement et peuvent affecter les prix de revient des marchandises. Pour les déclarants en douane, elles sont susceptibles de détériorer les relations avec les clients et de fragiliser leur activité. Quant aux transporteurs, ils peuvent subir l’immobilisation prolongée de leurs camions, avec des répercussions sur leurs rotations et leurs recettes.
Le problème dépasse donc les seuls intérêts d’une catégorie professionnelle. Il concerne l’ensemble de la chaîne logistique, depuis l’importateur jusqu’au transporteur, en passant par les déclarants et les autres prestataires intervenant dans le passage portuaire.
L’AJDMDB estime également que des coûts excessifs et difficilement prévisibles pourraient inciter certains opérateurs à privilégier d’autres plateformes portuaires de la sous-région, notamment celle de Lomé. Cette éventualité, avancée par l’association, rappelle que la compétitivité d’un port ne repose pas uniquement sur la qualité de ses infrastructures ou sur le volume de marchandises qu’il traite. Elle dépend aussi de la rapidité des opérations, de la transparence des procédures et de la maîtrise des coûts.
L’agrandissement du port doit s’accompagner d’une meilleure organisation
L’association ne remet pas en cause le principe de l’extension des infrastructures portuaires. Elle considère au contraire que l’augmentation du trafic témoigne de l’importance stratégique du Port autonome de Cotonou dans les échanges commerciaux régionaux.
Elle évoque notamment l’évolution des flux de marchandises et l’intérêt manifesté par des opérateurs desservant le marché nigérian ainsi que les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour l’AJDMDB, cette dynamique représente une opportunité pour l’économie béninoise, à condition que les capacités opérationnelles suivent le rythme de la croissance du trafic.
Toutefois, l’extension des installations ne saurait, à elle seule, résoudre les difficultés si les moyens humains, matériels et organisationnels ne permettent pas de répondre efficacement à la demande.
L’association pose ainsi la question de l’équilibre entre les opérations de manutention des navires et les besoins des clients venus enlever leurs marchandises. Elle déplore que, dans certaines situations qu’elle décrit, la priorité accordée aux opérations liées aux navires puisse prolonger l’attente des camions et retarder le positionnement des conteneurs destinés à l’enlèvement.
Elle avance, à ce titre, l’objectif d’un délai maximal de quatre heures entre l’entrée d’un camion dans le port et son chargement. Cet objectif, formulé par l’association, suppose cependant une définition précise des étapes concernées, des conditions d’application et des éventuelles exceptions liées à la sécurité ou aux contraintes opérationnelles.
L’enjeu consiste à faire de l’augmentation des capacités portuaires un véritable gain d’efficacité pour tous les acteurs, et non une source supplémentaire de tensions dans la chaîne logistique.
Une demande de prévisibilité et de responsabilisation
Dans sa lettre ouverte, l’AJDMDB défend trois principes qu’elle juge indispensables à un port compétitif : la rapidité, la prévisibilité et l’équité dans la répartition des responsabilités.
Le premier concerne la rapidité du traitement des opérations. Les opérateurs souhaitent pouvoir disposer de leurs conteneurs dans des délais raisonnables après l’accomplissement des formalités et le règlement des frais exigibles.
Le deuxième porte sur la prévisibilité. L’association propose notamment qu’un mécanisme permette de garantir, dans des conditions clairement définies, qu’une demande introduite et payée avant une certaine heure puisse aboutir au positionnement du conteneur le lendemain matin.
Le troisième principe concerne la responsabilisation des intervenants. Pour l’organisation, lorsque le retard est imputable au non-positionnement du conteneur par le manutentionnaire, les délais de facturation concernés devraient pouvoir être suspendus, sous réserve de la vérification des circonstances et des règles contractuelles applicables.
Une telle approche nécessiterait un dispositif fiable permettant d'établir à quel moment chaque étape a été accomplie, quand la demande de positionnement a été introduite, quelle réponse lui a été donnée et pour quelle raison le conteneur n’a pas été mis à disposition dans les délais attendus.
La traçabilité numérique apparaît ainsi comme un outil essentiel pour distinguer les retards imputables au client de ceux qui relèvent de l’organisation des opérations portuaires. Elle permettrait également de réduire les contestations et de renforcer la transparence dans le traitement des dossiers.
Un comité tripartite pour rechercher des solutions durables
Pour sortir de cette situation, l’AJDMDB sollicite auprès du président de la République la mise en place d’un comité de suivi tripartite réunissant le Port autonome de Cotonou, les manutentionnaires et les déclarants en douane.
L’association souhaite que ce mécanisme soit doté d’un système de traçabilité numérique du positionnement des conteneurs et placé sous le contrôle du ministre chargé des Transports, en tenant compte de l’organisation gouvernementale et des compétences administratives en vigueur.
L’objectif serait de disposer d’un cadre de concertation capable d’examiner les difficultés récurrentes, d’identifier les responsabilités, de suivre les délais de traitement et de proposer des mesures correctives.
Un tel comité pourrait notamment travailler sur des indicateurs de performance partagés : délai moyen de positionnement, durée d’attente des camions, nombre de demandes non satisfaites dans les délais, causes de blocage et montant des frais supplémentaires associés aux retards.
La publication régulière de données consolidées permettrait de dépasser les appréciations divergentes et d’appuyer les décisions sur des éléments vérifiables. Elle offrirait également aux autorités portuaires et aux professionnels une base commune pour évaluer les effets des mesures adoptées.
La compétitivité portuaire en question
À travers cette quatrième lettre ouverte, l’AJDMDB pose finalement une question de fond : la performance du Port autonome de Cotonou doit-elle être appréciée uniquement à travers le volume des marchandises traitées et les capacités de ses infrastructures, ou également à travers la rapidité et la prévisibilité du service rendu aux opérateurs ?
La continuité de service annoncée peut contribuer à élargir les possibilités d’accomplissement des formalités. Mais son efficacité dépendra aussi de la capacité des différents intervenants à coordonner leurs opérations, à réduire les temps d’attente et à mieux encadrer les frais liés aux retards.
Les préoccupations soulevées par les déclarants en douane appellent donc un examen technique associant les parties concernées. Il importe notamment de vérifier les délais réels de positionnement, les motifs de blocage, les modalités de facturation et les mécanismes de contestation existants avant d’arrêter des mesures définitives.
Pour le président de l’AJDMDB, Marouf Salami, l’objectif est de parvenir à un fonctionnement portuaire dans lequel le client qui a accompli ses obligations ne soit pas systématiquement exposé à des coûts supplémentaires qu’il ne peut maîtriser.
Reste désormais à savoir quelle suite sera réservée à cette interpellation et si un cadre de concertation permettra de transformer les préoccupations exprimées en solutions opérationnelles.
Au-delà de cette démarche, une exigence demeure : faire en sorte que les progrès infrastructurels du Port autonome de Cotonou se traduisent concrètement par une meilleure fluidité des opérations, une plus grande transparence des coûts et un renforcement durable de la confiance des opérateurs économiques.
Source : Lettre ouverte n°4 de l’Association des jeunes déclarants et mandataires en douane du Bénin (AJDMDB), signée par son président, Marouf Salami.
Les champs obligatoires sont indiqués avec *