Port de Cotonou et réalités douanières : l’AJDMDB hausse le ton et interpelle les autorités
Réunis autour d’une conférence de presse ce jeudi 20 août 2026 à l’hôtel Galilée à Cotonou, les jeunes déclarants et mandataires en douane du Bénin ont exposé les difficultés qui affectent leur secteur et formulé une série de propositions aux autorités. Transit vers le Niger, accès au Port de Cotonou, fermeture du parc de regroupement, réforme IM8 8400, prélèvement de 45 000 FCFA, fonctionnement d’ATRAL, ventes aux enchères et assainissement de la profession : l’AJDMDB veut désormais être pleinement associée aux décisions concernant la chaîne portuaire et douanière.
La voix des jeunes déclarants et mandataires en douane s’est fait entendre avec insistance ce jeudi 20 août 2026 à Cotonou. À l’occasion d’une conférence de presse organisée à l’hôtel Galilée, l’Association des Jeunes Déclarants et Mandataires en Douane du Bénin (AJDMDB) a choisi de mettre sur la place publique les difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels de la chaîne portuaire et douanière.
Placée sous le thème « Enjeux portuaires et réalités douanières : les jeunes déclarants et mandataires prennent la parole », cette rencontre avec les médias a permis à l’association de présenter sa lecture de la situation du secteur, mais aussi de formuler des propositions destinées, selon elle, à améliorer l’efficacité du dispositif portuaire et à préserver la compétitivité du corridor béninois.
La conférence a notamment été marquée par les interventions du président de l’AJDMDB, Marouf Salami, et de Mamert Azandossessi, qui ont apporté leur contribution aux échanges avec la presse et aux préoccupations exposées par l’organisation.
Une corporation qui veut être davantage entendue
Dès l’entame de sa déclaration, l’AJDMDB a tenu à rappeler la place qu’occupent les déclarants et mandataires dans le fonctionnement du cordon douanier.
L’association les présente comme des acteurs essentiels de la chaîne logistique, présents quotidiennement au Port autonome de Cotonou et participant à l’alimentation des caisses de l’État. Elle estime également que ces professionnels jouent un rôle important dans la promotion du corridor béninois, notamment lorsqu’ils parcourent la sous-région pour convaincre les opérateurs économiques de privilégier le Port de Cotonou.
Mais derrière cette reconnaissance du rôle des professionnels se cache un sentiment de frustration. L’AJDMDB estime que les déclarants et mandataires restent insuffisamment pris en compte dans les grands arbitrages qui concernent leur secteur.
Tout en saluant les efforts du gouvernement dans plusieurs domaines, l’association demande donc que la communauté des déclarants et mandataires bénéficie elle aussi d’une attention particulière, notamment en matière de conditions de travail et de fonctionnement de l’écosystème portuaire.
Transit vers le Niger : l’urgence de relancer les activités
Le transit vers le Niger constitue l’un des dossiers majeurs soulevés lors de cette conférence de presse.
Pour l’AJDMDB, les espoirs suscités par les annonces diplomatiques concernant le Niger ne doivent pas rester au stade des déclarations. L’association estime que l’attente prolongée pèse lourdement sur les opérateurs économiques et provoque une véritable asphyxie financière.
Elle appelle ainsi à la concrétisation rapide et complète des mesures d’ouverture annoncées afin de permettre au transit béninois de retrouver son dynamisme.
Pour les professionnels, l’enjeu dépasse leurs seuls intérêts corporatistes. La vitalité du transit constitue également un enjeu économique pour le Bénin, compte tenu de l’importance du corridor dans les échanges avec les pays de l’hinterland.
Accès au Port : l’AJDMDB propose des navettes internes
La question de la mobilité à l’intérieur du Port de Cotonou fait également partie des préoccupations exprimées.
L’association relève l’interdiction faite aux usagers de circuler à pied dans l’enceinte portuaire. Une situation qui, selon elle, oblige les différents intervenants à entrer en véhicule sans qu’un dispositif logistique suffisamment adapté n’ait été mis en place.
À cela s’ajoute, selon l’AJDMDB, le coût des badges et laissez-passer. L’association s’interroge également sur la disponibilité des espaces de stationnement si chaque usager doit accéder au port avec son propre véhicule.
Face à cette difficulté, l’AJDMDB formule une proposition concrète : la mise en place, dans les meilleurs délais, d’un service public de navettes internes à tarif accessible. La gestion de ce service pourrait être confiée à un concessionnaire afin de faciliter les déplacements des usagers à l’intérieur de la plateforme portuaire.
Fermeture du parc de regroupement : une situation jugée préoccupante
Autre dossier sensible : la fermeture du parc de regroupement et d’escorte des véhicules en transit.
Pour l’AJDMDB, cette fermeture complique considérablement les opérations préparatoires des véhicules appelés à parcourir plusieurs milliers de kilomètres vers le Niger, le Mali, le Burkina Faso ou le Tchad.
Avant leur départ, les conducteurs doivent notamment procéder à des vérifications mécaniques, effectuer des réglages et réaliser certaines petites réparations. Or, en l’absence d’un espace dédié et sécurisé, ils seraient contraints de stationner leurs véhicules de manière anarchique dans les rues ou devant les garages.
L’association estime que cette situation expose les usagers à des verbalisations et crée parallèlement des désagréments pour les populations.
La solution proposée est la mise en place urgente d’un parc de regroupement et d’attente sécurisé, équipé notamment d’espaces de contrôle technique. L’AJDMDB demande également une gestion souple des véhicules en panne lorsque les difficultés sont dûment signalées.
IM8 8400 : entre innovation et inquiétudes
La réforme IM8 8400 n’a pas échappé aux discussions.
L’AJDMDB reconnaît l’intérêt de cette procédure en matière de traçabilité, mais estime que certaines zones d’ombre ont créé de l’inquiétude chez les professionnels.
L’association entend surtout clarifier le champ d’application de la réforme. Selon sa lecture, celle-ci concerne les gestionnaires de parcs et les importateurs et non l’ensemble des mandataires.
Elle prend par ailleurs acte du moratoire transitoire de trois mois.
45 000 FCFA par véhicule : l’AJDMDB exige des remboursements
Le dossier du prélèvement de 45 000 FCFA par véhicule a constitué l’un des points les plus fermes de la déclaration.
L’AJDMDB affirme que certaines structures refusent de restituer cette somme, qu’elle considère comme ayant été perçue en dehors du barème légal à la faveur d’un bug informatique survenu en avril dernier.
L’association dénonce également ce qu’elle qualifie de pratiques abusives sur le site d’ATRAL, notamment concernant la gestion du délai de cinq jours, les pénalités jugées injustifiées et leur calcul au jour le jour sur les camions.
Sur ce dossier, l’AJDMDB fixe un délai de 10 jours ouvrés aux structures concernées pour procéder au remboursement des 45 000 FCFA. À défaut, elle annonce son intention d’engager les actions juridiques et administratives qu’elle jugera nécessaires.
Ventes aux enchères : les importateurs d’origine doivent être privilégiés
L’association s’est également intéressée à la question des ventes aux enchères en ligne.
Pour l’AJDMDB, acheter un conteneur sans avoir la possibilité de procéder au préalable à une inspection physique présente des risques considérables. Certains acquéreurs peuvent, selon elle, se retrouver avec des marchandises avariées.
L’association attire également l’attention sur les pratiques spéculatives qui peuvent intervenir autour de certaines cargaisons saisies.
Elle propose donc de donner la priorité à l’importateur d’origine pour négocier un tarif de sortie transactionnel avec le Chef Dépôt avant toute mise aux enchères. Elle préconise par ailleurs l’application d’un abattement de 70 à 80 % sur les surestaries par les consignataires.
Effets usagés : un moratoire au 1er octobre demandé
Concernant les effets usagés, l’AJDMDB sollicite un ajustement dans l’application de la Note circulaire n°0216.
L’association explique que les délais de transport maritime, compris entre 30 et 45 jours, rendent difficile la correction des titres une fois les marchandises embarquées.
Pour éviter que des cargaisons déjà en mer ne soient pénalisées, elle demande formellement que l’application de la mesure soit reportée au 1er octobre 2026.
L’AJDMDB veut participer aux décisions
Au-delà des différentes doléances, l’association veut faire comprendre qu’elle ne se limite pas à la contestation.
Elle affirme avoir déjà entrepris plusieurs démarches auprès de la Direction générale des Douanes, du Port autonome de Cotonou, des autorités ministérielles et des régies portuaires. Des courriers d’alerte, mémos techniques et fiches de propositions auraient ainsi été transmis aux différentes structures concernées.
L’AJDMDB demande désormais des audiences de travail avec le président de la République, le ministre de l’Économie et des Finances, le ministre du Cadre de Vie et des Transports ainsi que le directeur général des Douanes.
L’objectif est de présenter directement aux autorités les propositions de l’association en faveur d’une meilleure compétitivité du Port de Cotonou.
Mais l’une des demandes centrales reste l’intégration officielle des représentants de l’AJDMDB dans les comités de suivi et de concertation de la chaîne portuaire et douanière.
Pour l’association, les décisions gagneraient en pertinence si elles intégraient davantage l’expérience et les réalités vécues quotidiennement par les professionnels de terrain.
Un recensement pour assainir la profession
L’AJDMDB veut également contribuer à l’assainissement du secteur.
Elle annonce avoir initié un projet de recensement exhaustif et de cartographie des mandataires, enleveurs, chauffeurs et convoyeurs opérant sur le cordon portuaire.
Cette opération devrait notamment permettre de lutter contre les usurpations d’identité, de sécuriser les opérations et de mieux organiser la profession.
Les Termes de Référence du projet étant déjà élaborés, l’association sollicite l’autorisation administrative et l’accompagnement stratégique des autorités compétentes pour sa concrétisation.
Une sortie médiatique pour ouvrir le dialogue
À travers cette conférence de presse tenue ce jeudi 20 août à l’hôtel Galilée, l’AJDMDB a donc choisi de porter publiquement les préoccupations d’une corporation qui estime être insuffisamment associée aux grandes décisions concernant le secteur portuaire et douanier.
Avec les interventions de Marouf Salami et de Mamert Azandossessi, les échanges ont permis de mettre en lumière les préoccupations et les attentes des professionnels, tandis que la déclaration liminaire a détaillé les différentes propositions de l’association.
L’AJDMDB assure toutefois vouloir rester dans une démarche républicaine et constructive. Elle se définit comme un partenaire loyal et déterminé, qui ne demande pas l’impossible mais souhaite davantage de concertation, de respect pour les usagers, une représentation des jeunes professionnels dans les instances décisionnelles et des conditions de travail dignes.
Au terme de cette rencontre avec la presse, le message porté par les jeunes déclarants et mandataires apparaît ainsi clairement : la modernisation du secteur portuaire doit, selon eux, s’accompagner d’une meilleure prise en compte des réalités vécues par ceux qui en assurent quotidiennement le fonctionnement.
L’AJDMDB attend désormais des autorités des réponses concrètes à ses différentes requêtes, avec l’espoir que le dialogue institutionnel permettra de trouver des solutions durables aux difficultés soulevées.
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