Une proposition de révision de la Constitution est en cours d’examen à l’Assemblée nationale du Bénin. Présentée par deux députés de la mouvance présidentielle, elle prévoit la création d’un Sénat, deuxième chambre du Parlement. L’initiative suscite des débats nourris au sein de la classe politique et de l’opinion publique.
Le politologue Mathias Hounkpè, administrateur de programmes à OSIWA, s’est saisi du sujet dans une série de chroniques intitulées « Un Sénat au-dessus du peuple ? ». Dans la première, publiée le 12 novembre 2025, il s’interroge sur l’opportunité d’une telle réforme en fin de mandat.
S’il reconnaît que l’instauration d’un Sénat pourrait améliorer la représentation territoriale et la qualité du travail législatif, il met en garde contre le timing et les conditions de la réforme. « Les réformes menées en fin de mandat suscitent presque toujours la suspicion », écrit-il, soulignant que la question n’est pas seulement celle du contenu, mais aussi du moment et de la méthode.
Il alerte également sur les perceptions d’intérêt personnel : « La crainte que le président sortant puisse tirer bénéfice de la réforme – en consolidant son empreinte politique – fragilise la légitimité de la démarche », estime-t-il.
Autre point de vigilance : la domination possible du Sénat par la majorité présidentielle. Hounkpè rappelle que si la tendance électorale actuelle se confirme, la coalition au pouvoir pourrait, en 2026, contrôler la présidence et l’intégralité des sièges de l’Assemblée nationale. Une telle situation, selon lui, « accentuerait la concentration du pouvoir au lieu de favoriser une meilleure représentativité ».
Pour le politologue, « la légitimité d’une réforme démocratique repose autant sur son contenu que sur son contexte ». Il plaide pour la prudence et la concertation, conditions indispensables pour instaurer la confiance et garantir la durabilité des réformes.
Les promoteurs du projet, eux, défendent une vision différente. Ils présentent le Sénat comme une institution de médiation et de concertation nationale, destinée à rapprocher les positions politiques divergentes et à favoriser une action publique plus consensuelle.
Le Sénat, tel qu’ils l’imaginent, aurait pour mission de préserver la stabilité politique, d’assurer la continuité de l’État et de promouvoir un débat contradictoire constructif. Il devrait aussi contribuer à l’unité nationale, à la cohésion sociale, au développement durable et à la paix. Enfin, il serait chargé de renforcer les libertés publiques, la bonne gouvernance et la concorde nationale, dans une perspective de développement humain équilibré et durable.
Les champs obligatoires sont indiqués avec *