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Responsabilité numérique au Bénin : un appel à la lucidité

Par LTC Admin - 24/06/2026
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*Société*


*Réseaux sociaux et responsabilités numérique au Bénin, une lettre ouverte* 


*On pleure après mais qui parlait avant ?*


Réseaux sociaux et responsabilité numérique au Bénin, une lettre ouverte


À nos frères et sœurs internautes, aux parents, aux aînés, aux témoins silencieux,

Il y a quelque chose de profondément triste dans ce que nous observons en ce moment sur nos réseaux sociaux. Non pas la colère, la colère peut être légitime, elle peut même être nécessaire. Mais cette façon de la porter, maladroitement, dangereusement, comme on joue avec des allumettes près d’un bidon d’essence, sans mesurer ce qu’on risque de consumer.


Des jeunes, nos jeunes multiplient les insultes, les injures, les provocations contre les dirigeants du pays. Et pendant ce temps, nous regardons. Certains applaudissent depuis les tribunes du confort anonyme. D’autres s’offusquent en privé. D’autres encore parient, dit-on, sur les conséquences comme si une vie humaine, comme si un avenir brisé, était un jeu de hasard.


Mais où sommes-nous, nous les adultes ? Où sont les parents ? Où sont les aînés ? Il faut dire la vérité sans détour : insulter n’est pas militer. Injurier n’est pas critiquer. La liberté d’expression ce droit précieux, ce droit pour lequel des hommes et des femmes ont souffert sur ce continent, ne s’arrête pas aux portes de la dignité. Elle ne donne pas le droit de tout dire n’importe comment à n’importe qui. Et surtout, elle ne protège pas de tout.

Le Code du numérique du Bénin est là. Les peines sont réelles. Les condamnations arrivent. Et c’est là que le cœur se serre, parce que nous connaissons la suite : les larmes, les familles éplorées devant les tribunaux, les supplications, les appels à la clémence. On pleure après. Toujours après. Mais en amont ? En amont, on riait, on likait, on partageait, on alimentait.


C’est cette complaisance collective qui est aussi coupable que l’imprudence individuelle. À ces jeunes qui pensent que la provocation est une forme de courage, je veux vous dire ceci avec respect et sans condescendance : “Le vrai courage, ce n’est pas d’insulter derrière un écran. Le vrai courage, c’est de construire un argumentaire solide, de dénoncer une injustice avec des mots qui tiennent debout, des mots qui résistent à l’examen, des mots qu’on peut défendre fièrement devant n’importe quelle instance. Un mot bien posé fait plus de dégâts à l’injustice que mille insultes. Et contrairement à l’insulte, il ne vous détruit pas en même temps”.


Vous avez de l’indignation ? Bien. Gardez-la. Elle est précieuse. Mais canalisez-la. Transformez-la en quelque chose qui construit plutôt qu’en quelque chose qui vous expose inutilement.


Aux parents, je pose cette question sans jugement mais avec urgence : savez-vous ce que font vos enfants en ligne ? Savez-vous dans quels groupes ils traînent, quels contenus ils publient, quelles batailles numériques ils livrent en votre nom, sous votre toit, parfois avec votre téléphone ? La rue a toujours existé. Les mauvaises fréquentations aussi. Mais la rue numérique est plus rapide, plus large et ses conséquences laissent des traces indélébiles. Un post supprimé ne disparaît jamais vraiment.


Aux témoins silencieux, nous qui voyons et qui scrollons sans rien dire, rappelons-nous que le silence face au danger d’un proche n’est pas de la neutralité. C’est de la complicité passive. Interpeller quelqu’un qu’on aime avant qu’il ne se blesse, c’est l’un des actes d’amour les plus concrets qui soit.


Ce n’est pas de la censure. Ce n’est pas trahir. C’est être humain. Le Bénin mérite mieux que cette foire aux insultes qui nous distrait de débats de fond. Notre jeunesse mérite mieux qu’une célébrité éphémère achetée au prix d’une liberté confisquée. Et nos familles méritent mieux que des larmes versées trop tard devant une porte de tribunal.


Parlons-nous. Vraiment. Avant que la justice ne parle à notre place.


Avec fraternité et inquiétude sincère,


Un citoyen qui ne veut plus seulement regarder.


Source : Nasuba.info

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