À Dakar, l’émotion et la colère demeurent vives après le meurtre de Khady Sow, une jeune tiktokeuse enceinte de sept mois, tuée le 21 mars. Dimanche 29 mars, plus d’une centaine de personnes, principalement des femmes, se sont rassemblées dans le cadre de la campagne Wax Jotna (« Il est temps de parler »), pour un sit-in empreint de recueillement et de revendications.
Assises sur des nattes et vêtues de violet, les participantes ont échangé sur les violences faites aux femmes, le harcèlement et les inégalités persistantes. Le sentiment dominant oscillait entre tristesse et inquiétude. « C’est un sentiment de peur… à force de voir l’horreur, on finit par s’y habituer », a confié une militante, dénonçant la banalisation progressive des violences.
Suzanne Sy, coordinatrice de Wax Jotna, a rappelé que dans de nombreux foyers, les victimes sont poussées par leur entourage à rester malgré les violences. Elle cite le cas de Khady Sow : « Quand une femme vit des violences et qu’elle décide de partir, c’est son propre père ou sa propre mère qui lui demande de revenir dans le foyer. On l’a vu avec le dernier cas du féminicide de Khady Sow. La mère et le père du mari ont été arrêtés, parce qu’eux aussi étaient là. Ils voyaient et n’ont rien fait pour la sauver ! »
Au-delà de l’émotion, les militantes exigent une refonte profonde du Code de la famille, afin de renforcer l’autonomie des femmes et de mettre fin aux pratiques sociales et culturelles qui entretiennent la vulnérabilité des victimes. Elles dénoncent également la stigmatisation persistante du féminisme, encore perçu comme tabou dans certains milieux.
Sur le plan judiciaire, le mari de Khady Sow a été inculpé pour meurtre. Sa mère et son beau-père sont poursuivis pour entrave à la justice, illustrant la nécessité d’une responsabilisation collective face aux violences domestiques.
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