Cancer du sein au Bénin : Angela Kpeidja appelle à renforcer le dépistage précoce
Entre la peur de la maladie, les tabous sociaux et les consultations tardives, le cancer du sein demeure une préoccupation majeure de santé publique au Bénin. Dans un article publié le 17 octobre 2026 sur son média Dis moi Angela, la journaliste Angela Kpeidja revient sur l'importance du dépistage précoce, les moyens de repérer les anomalies mammaires et les difficultés liées à la prise en charge des patientes.
Au Bénin, parler du cancer du sein reste difficile pour de nombreuses femmes. La peur du diagnostic, la pudeur, les croyances et parfois la crainte d'être confrontée à une maladie grave peuvent retarder le recours aux soins. Pourtant, plus cette maladie est identifiée tôt, plus les possibilités de traitement sont importantes.
C'est l'une des principales préoccupations soulevées par Angela Kpeidja dans sa publication intitulée « Cancer du sein au Bénin : Pourquoi se faire dépister tôt ? ». À travers ce sujet, la journaliste attire l'attention sur une question qui dépasse le cadre médical : comment amener davantage de femmes à prendre leur santé en main avant l'apparition de signes inquiétants ?
La question est d'autant plus importante que le cancer du sein figure parmi les cancers les plus fréquents chez les femmes au Bénin. La sensibilisation ne peut donc pas se limiter aux campagnes organisées pendant le mois d'Octobre rose. Elle doit s'inscrire dans la durée et encourager les femmes à consulter, à mieux connaître leur corps et à ne pas négliger les changements inhabituels.
Le poids des tabous et des consultations tardives
Dans son article, Angela Kpeidja souligne que la maladie demeure un sujet sensible dans la société béninoise. Les témoignages sont parfois rares, notamment en raison de la peur de la maladie et de certaines croyances qui entourent encore les problèmes de santé.
Cette situation peut avoir des conséquences sur le parcours des patientes. Lorsqu'une femme éprouve des difficultés à parler de ce qu'elle ressent ou redoute le regard de son entourage, elle peut choisir de garder le silence, d'attendre ou de rechercher d'autres explications à ses symptômes avant de consulter un professionnel de santé.
Or, face au cancer du sein, le temps compte. Une anomalie remarquée tôt permet d'engager les examens nécessaires et, si la maladie est confirmée, d'envisager rapidement une prise en charge adaptée.
Le problème ne réside donc pas uniquement dans la connaissance de la maladie. Il concerne également la capacité des femmes à accéder aux consultations et aux examens, mais aussi à recevoir un accompagnement approprié tout au long de leur parcours médical.
La sensibilisation doit ainsi permettre de libérer la parole. Une femme qui constate un changement inhabituel au niveau de son sein doit pouvoir en parler sans honte, sans crainte d'être jugée et sans être exposée à des interprétations qui pourraient retarder sa prise en charge.
Dépistage et diagnostic : deux démarches à ne pas confondre
L'un des points importants développés dans la publication concerne la différence entre le dépistage et le diagnostic.
Le professeur Justin Lewis Denakpo, directeur de la Clinique universitaire de gynécologie et d'obstétrique du Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (CNHU-HKM) de Cotonou, rappelle que lorsqu'une patiente se présente après avoir senti une boule dans son sein ou remarqué un autre symptôme, le médecin se trouve déjà dans une démarche diagnostique.
Le dépistage, lui, vise à rechercher une éventuelle maladie avant que des symptômes ne conduisent la personne à consulter. Cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi il ne faut pas attendre l'apparition d'une grosseur pour s'intéresser à la santé de ses seins.
Une consultation médicale permet au professionnel de santé d'apprécier la situation, de rechercher d'éventuels facteurs de risque et de déterminer les examens nécessaires. Le suivi doit être adapté à l'âge de la femme, à ses antécédents et à son profil médical.
Le dépistage précoce ne consiste donc pas à attendre de ressentir une douleur ou de découvrir une anomalie. Il repose sur une démarche de prévention et de surveillance qui doit être organisée avec l'aide des professionnels de santé.
Des chiffres qui interpellent sur la situation au Bénin
Les données rapportées dans l'article d'Angela Kpeidja mettent en évidence les difficultés liées à la découverte tardive de la maladie.
Une étude réalisée à Cotonou en 2023, citée dans sa publication, indique que plus de 60 % des cas de cancer du sein étudiés avaient été diagnostiqués à un stade très avancé. Ce chiffre souligne l'importance de poursuivre les efforts de sensibilisation et d'améliorer les conditions d'accès au diagnostic.
Lorsqu'un cancer est découvert tardivement, la prise en charge peut devenir plus complexe. Les traitements peuvent être lourds, les besoins médicaux plus importants et les dépenses particulièrement difficiles à supporter pour les patientes et leurs familles.
À ces contraintes s'ajoutent les difficultés d'accès à certains examens spécialisés et les limites des équipements disponibles dans les structures de santé. Le parcours de soins peut alors devenir éprouvant, aussi bien sur le plan physique que financier et psychologique.
Ces difficultés rappellent que la lutte contre le cancer du sein ne peut reposer uniquement sur les comportements individuels. Elle suppose également des efforts en matière d'information, de disponibilité des examens, d'organisation des soins et d'accompagnement des patientes.
Il importe toutefois de replacer les chiffres dans leur contexte : les données de l'étude citée concernent les cas étudiés à Cotonou et ne doivent pas être automatiquement considérées comme une estimation de l'ensemble des femmes atteintes au Bénin.
L'autopalpation : apprendre à connaître ses seins
Parmi les moyens de sensibilisation évoqués par Angela Kpeidja figure l'autopalpation des seins. Ce geste consiste à observer et à palper ses seins afin de mieux connaître leur apparence et de remarquer un éventuel changement.
L'observation peut notamment permettre de repérer une modification de la forme du sein, une rétraction inhabituelle de la peau, un changement au niveau du mamelon ou une différence nouvelle entre les deux seins.
La palpation permet, quant à elle, de rechercher une masse ou une zone inhabituelle. Elle peut être effectuée debout ou allongée, en prenant le temps d'examiner l'ensemble des seins ainsi que les régions voisines, notamment les aisselles.
Un écoulement inhabituel du mamelon, particulièrement lorsqu'il est spontané ou sanglant, mérite également une évaluation médicale.
L'intérêt de cette démarche est de permettre aux femmes de mieux connaître leur corps et de réagir lorsqu'un changement apparaît. Elle ne doit cependant pas devenir une source d'angoisse ni conduire à poser soi-même un diagnostic.
Le professeur Justin Lewis Denakpo insiste d'ailleurs sur une limite essentielle : l'autopalpation ne remplace ni l'examen clinique ni les examens d'imagerie lorsqu'ils sont indiqués. Une femme qui ne remarque aucune anomalie ne peut pas conclure, sur cette seule base, qu'elle n'a pas de cancer.
À l'inverse, la découverte d'une boule ne signifie pas nécessairement qu'il s'agit d'une tumeur maligne. Seule une évaluation médicale permet d'en déterminer la nature.
Le message à retenir est simple : connaître ses seins peut aider à remarquer un changement, mais toute anomalie suspecte doit conduire à consulter.
La mammographie et l'échographie, des examens complémentaires
Le dépistage et l'évaluation des anomalies mammaires reposent également sur des examens médicaux adaptés à chaque situation.
La mammographie est un examen radiologique qui permet de visualiser les structures du sein et de rechercher des anomalies qui ne sont pas nécessairement perceptibles à la palpation. Elle joue un rôle important dans les programmes de dépistage organisés.
L'échographie mammaire constitue un autre outil d'exploration. Elle peut être particulièrement utile chez certaines femmes jeunes, dont les seins sont plus denses, ou pour examiner une anomalie détectée lors d'un examen clinique ou d'une mammographie.
Dans sa publication, Angela Kpeidja rapporte les explications du professeur Justin Lewis Denakpo concernant le recours à ces examens selon l'âge. Le spécialiste évoque notamment l'utilisation de l'échographie chez les femmes de moins de 40 ans et la mammographie périodique entre 50 et 74 ans.
Ces indications doivent toutefois être interprétées en fonction des recommandations médicales applicables, des antécédents personnels et familiaux et du niveau de risque de chaque patiente. Elles ne constituent pas une règle universelle applicable à toutes les femmes.
L'absence de symptômes ne dispense pas non plus de suivre les recommandations adaptées à son profil. La meilleure démarche consiste à discuter avec un professionnel de santé du moment opportun pour commencer la surveillance et du type d'examen à privilégier.
La question de l'accès à ces examens demeure également importante au Bénin. Pour que le dépistage précoce produise pleinement ses effets, les femmes doivent pouvoir bénéficier d'informations fiables, de consultations accessibles et d'examens réalisés dans de bonnes conditions.
les initiatives de sensibilisation peuvent aussi participer à la lutte contre la stigmatisation. Le témoignage des femmes ayant traversé la maladie, lorsqu'elles souhaitent le partager, peut aider d'autres patientes à comprendre qu'un diagnostic de cancer ne signifie pas nécessairement une issue fatale.
La guérison dépend toutefois de plusieurs facteurs, notamment du type de cancer, de son stade au moment du diagnostic et des traitements disponibles. Il est donc important de parler d'espoir sans donner de garanties individuelles.
Faire de la prévention une préoccupation permanente
À travers son article, Angela Kpeidja remet en lumière une question essentielle : comment faire en sorte que le dépistage du cancer du sein ne soit plus une démarche entreprise uniquement après l'apparition de symptômes ou pendant les campagnes de sensibilisation ?
La réponse passe par une information régulière, accessible et adaptée aux réalités locales. Elle suppose aussi de renforcer les échanges entre les professionnels de santé et les populations, de faciliter l'accès aux consultations et d'améliorer l'orientation des patientes vers les examens nécessaires.
Les structures sanitaires, les pouvoirs publics, les médias et les organisations de la société civile ont chacun un rôle à jouer. Les médias, en particulier, peuvent contribuer à faire circuler des informations fiables, à corriger les idées reçues et à encourager les femmes à consulter sans banaliser les risques ni susciter une peur excessive.
L'enjeu est également économique et social. Plus les obstacles financiers, géographiques et culturels à l'accès aux soins seront pris en compte, plus les femmes auront de possibilités de bénéficier d'une prise en charge appropriée.
Le dépistage précoce ne garantit pas à lui seul la guérison, mais il peut améliorer les chances de détecter la maladie à un stade où les traitements ont davantage de possibilités d'être efficaces. C'est pourquoi la prévention doit s'accompagner d'un accès réel au diagnostic et aux soins.
Au Bénin, la lutte contre le cancer du sein exige donc un engagement durable. Informer les femmes, les encourager à consulter, améliorer l'accès aux examens et accompagner celles qui sont touchées sont autant d'actions nécessaires.
Le message porté par Angela Kpeidja est clair : face au cancer du sein, il ne faut ni céder à la peur ni attendre que la maladie impose sa présence. S'informer et consulter les professionnels de santé au bon moment restent des démarches essentielles pour préserver sa santé.
Source : Angela Kpeidja, « Cancer du sein au Bénin : Pourquoi se faire dépister tôt ? », Dis moi Angela, 17 octobre 2026.
Les champs obligatoires sont indiqués avec *