Recul de l’éducation populaire : quand la maison, la rue et l’école ne parlent plus le même langage.
Recul de l’éducation populaire : quand la maison, la rue et l’école ne parlent plus le même langage.
Un témoignage sur une époque révolue
« Notre société n’éduque plus. On regarde les dirigeants, ce sont des fous », lance avec amertume un témoin de Porto-Novo. Il se souvient d’une époque où la maison, la rue et l’école formaient un triptyque éducatif cohérent. Les valeurs transmises convergeaient et façonnaient des citoyens disciplinés.
Issu d’une famille d’instituteurs, il raconte comment sa mère, directrice d’un groupe scolaire à Yobaine Centre, incarnait cette autorité respectée. Les enfants, qu’ils soient à l’école ou dans la rue, savaient qu’une voix pouvait s’élever d’une fenêtre pour les rappeler à l’ordre. Et cette voix avait du poids : elle pouvait corriger, rapporter aux parents, et l’enfant recevait une « deuxième mi-temps » de sanction à la maison.
La cohérence éducative d’hier
À l’école, la discipline était renforcée par la complicité entre enseignants et parents. Une bêtise signalée par le maître entraînait immédiatement une correction familiale, sans explication préalable. La maison, la rue et l’école parlaient d’une seule voix, transmettant des valeurs communes : respect, discipline, solidarité.
Cette cohérence éducative constituait une véritable éducation populaire, où chaque adulte de la communauté avait autorité sur les enfants.
Le recul d’aujourd’hui
Aujourd’hui, cette cohérence s’est effritée. La rue n’éduque plus, l’école peine à imposer son autorité, et la maison se retrouve isolée. Les dirigeants, censés incarner des modèles, sont perçus comme incohérents, parfois même irresponsables. La société ne joue plus son rôle éducatif collectif.
Approches de solutions
Pour redonner sens à l’éducation populaire, plusieurs pistes sont évoquées :
Réhabiliter l’autorité communautaire : redonner aux adultes de la société la légitimité d’encadrer les enfants.
Renforcer le lien école-famille : instaurer une collaboration active entre enseignants et parents.
Valoriser les modèles sociaux : promouvoir des dirigeants et figures publiques exemplaires.
Réintroduire les valeurs civiques : intégrer dans les programmes scolaires des enseignements sur la discipline et la solidarité.
Encourager la responsabilité parentale : rappeler aux familles leur rôle central dans la formation des enfants.
La maison, la rue et l’école formaient autrefois un triangle éducatif solide. Aujourd’hui, ce triangle est brisé, laissant place à une société où l’autorité se dilue et où l’éducation populaire recule. Restaurer cette cohérence est un enjeu majeur pour l’avenir du Bénin : il s’agit de réapprendre à éduquer ensemble, pour que la société retrouve sa voix commune.
Christ paterne HOUNHOUENOU
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